Madurai est décrite dans le Lonely Planet comme l’âme du Tamil Nadu. Première étape de mon voyage de 3 semaines dans cette région du Sud de l’Inde, elle représente la porte d’entrée parfaite : une ville de taille idéale, pas trop tentaculaire pour ne pas m’effrayer de suite comme c’est souvent le cas avec les premières expériences en Inde, mais avec tout de même suffisamment de caractère pour refléter tout le charme de ce pays. J’y arrive en mi-journée après avoir enchainé mes avions depuis La Réunion, puis depuis Chennai.

Un peu flemmarde et groggy de ma nuit dans les airs, je choisi de rejoindre le centre-ville en taxi pré-payé, une formule avantageuse qui permet d’obtenir un prix juste, non fixé à la tête du touriste, et de savoir à l’avance combien on va payer. En l’occurrence, 450 rupees pour rejoindre mon hôtel.
Pour me faciliter la vie, j’ai réservé les 2 premières nuits sur Booking à l’hôtel BG Residency, en plein centre de Madurai. L’hôtel a pour lui d’être super bien situé, à moins de 10 min de marche du temple de Sri Meenakshi, le must-see de la ville. Les chambres sont plutôt petites et aveugles, mais les draps sont propres et la climatisation fonctionne. L’odeur de naphtaline est assez insupportable en entrant, mais en traquant les petites boules blanches dans chaque recoin de la pièce et de la salle de bain, et en les jetant dans les toilettes, on en vient à bout. Enfin, c’est bien sur assez bruyant car l’Inde est bruyante, et l’hôtel donne sur une rue passante. Mais avec une bonne paire de boule quiès enfoncées jusqu’au cerveau, j’arrive à pas trop mal dormir. Bref, vous l’aurez compris, pour 800 rupees par nuit, je pense qu’on peut trouver largement mieux, mais si vous avez la flemme de chercher…

Mon dernier voyage en Inde remonte à mes 16 ans, on peut donc presque parler de découverte. De cette première (re)connexion avec une ville Indienne, je retiendrai la sollicitation permanente des 5 sens : un festival de sons (ça klaxonne de partout, les hommes reniflent et crachent bruyamment, les femmes et enfants portent des chaines de chevilles qui gling-glinguent à chaque pas…), d’odeurs (en moins de 10 secondes, je passe d’une odeur de fumier abominable à une enivrante odeur d’encens qui émane d’un temple, puis aux insoutenables effluves des ordures qui jonchent le sol, remplacée dès le pas suivant par un délicat parfum de fleurs de jasmins qui ornent les cheveux des indiennes…), de couleurs (les saris mutlicolores des femmes ou les temples et leurs tours aux milles nuances, …), ou encore de textures (de la gadoue que je piétine dans la rue aux savoureux thalis que je déguste à pleine main droite).

 

A ce propos de thalis, c’est l’heure de passer à table et de découvrir ces fameux repas d’Inde du Sud, composés de riz et de plusieurs sauces et chutneys, le tout servi à même la feuille de bananier. On patouille le tout pour former des petites boulettes, qu’on fait glisser tant bien que mal avec son pouce dans sa bouche, en essayant de pas s’en mettre partout.
Je choisis le restaurant Sri Sabareesh, indiqué dans mon Lonely. Je préfère commencer classique, le temps que mon petit estomac de touriste s’habitue, avant d’expérimenter les merveilles de la street-food. Excellent repas complet pour 85 roupies, resservi à volonté. Demander « non-spicy » pour les âmes sensibles et partir du principe que ce sera de toutes façons beaucoup trop épicé pour nos palais occidentaux.

Après le déjeuner, je me mets en route pour le temple de Sri Meenaskhi, vers lequel affluent des milliers de fidèles de tout le pays. Je m’y rends une première fois en fin d’après-midi et j’y retournerai en matinée. A noter : le temple ferme ses portes entre 12h et 16h. Le droit d’entrée pour les touristes est de 50 rupees.
Je dois laisser mes chaussures, ainsi qu’une bonne partie mes affaires dans un casier à l’entrée : ni les cigarettes, ni les briquets, ni les sprays anti-moustiques, ni les appareils photos ne sont admis. En revanche, paradoxe local : les smartphones sont autorisés.
Piquant le bon plan sur un forum, j’avais emporté une paire de chaussettes pour ne pas me bruler les pieds sur le sol chauffé à blanc par un soleil de plomb, mais ce temple est très strict : on le découvre pieds-nus, point. Des chemins de peinture blanche réfléchissant la lumière permettent de réduire la souffrance. Je suis dubitative, mais c’est vrai ça fonctionne plutôt bien.
Le complexe est dédié à Meenakshi, une pauvre déesse qui a eu le malheur de naître avec 3 seins. Mais comme les dieux sont sympas, la prophétie voulait que son 3ème sein fonde le jour où elle rencontrerait son mari, ce qui arriva quand elle croisa la route de Shiva.
Réputé comme l’un des plus beau du pays, il est célèbre pour ses nombreuses « gopuras », ces immenses tours ornées de plusieurs centaines de divinités sculptées, par lesquelles on pénètre dans les murs d’enceinte.
L’intérieur du temple est un vrai labyrinthe, avec des dizaines de petits autels éparpillés, consacrés à tout un tas de dieux et déesses. Chaque fidèle choisit son préféré et vient s’y recueillir de manière assez personnelle et singulière, comme un étrange jeu de Jacques – a – dit, où personne n’aurait rien compris : certains se prosternent, certains s’allongent à plat ventre sur le sol, certains s’agenouillent et croisent leurs bras au-dessus de leur tête… On m’expliquera plus tard qu’il existe une manière particulière de prier certains dieux.
Des lingams en pierre, symbole phallique de Shiva, ornent chaque recoin du temple. Cette coutume hindoue d’adorer ainsi une énorme b*te en pierre me laissera toujours perplexe… Choc des cultures !
Si les sanctuaires de Meenaskhi, de Shiva et de son taureau Nandi sont interdit au non-hindous, limitant un peu les endroits autorisés dans le temple, on peut toujours se balader autour, dans les couloirs intérieurs hautement colorés ou dans les espaces extérieurs contournant l’enceinte principale.
La « salle au mille piliers » est également accessible à tous. Transformée en musée d’art, ce qui dénature un peu la perspective de ces innombrables colonnes de pierre taillée, elle mérite le détour pour quelques belles sculptures et pour une version assez impressionnante du Ramayana pour les Nuls, une de BD géante sous forme de fresque qui retrace sur quelques dizaines de mètres cette épopée sacrée hindoue. L’entrée dans cette salle coute 5 rupees supplémentaires avec le billet d’accès au temple, + 50 roupies pour un smartphone (qui peut passer gratuitement, si planqué discrètement dans une poche).

 

Partout dans le temple (et dans les rues de la ville également d’ailleurs), des indiens viennent me demander de poser avec eux pour une photo. Dans l’ensemble, j’accepte de me prêter au jeu, c’est bon pour mon égo ! Et quand je refuse (genre j’évite de dire oui aux bandes d’ados indiens qui se pointent par groupe de 10), ils n’hésitent pas à me prendre en photo de loin ou à se prendre en selfie en essayant de me caser dans un coin de l’image. Pour moi qui suis toujours un peu gênée de dégainer mon appareil pour photographier une indienne avec un sari magnifique ou un marchand de rue super typique, la mise en abîme est assez ironique et je dois dire que ça m’enlève mes complexes !

 

Au-delà du temple, le vrai bon plan est de se balader dans les ruelles qui l’entourent et qui sont toutes piétonnes. Un véritable luxe de calme, loin de la folie des klaxons.
La plupart des boutiques à l’extérieur du premier mur d’enceinte ont une terrasse au dernier étage, qui permet de prendre de la hauteur et de profiter d’une vue imprenable sur les tours. Les marchands vous proposent spontanément de monter, en espérant qu’on dépensera quelques rupees en redescendant. Ne pas hésiter à y aller, il n’y a aucune obligation d’achat. Avec un grand sourire et un « vous avez des choses magnifiques mais je n’ai vraiment besoin de rien / je suis très chargée / je reste plusieurs jours, je repasse demain, promis ! », ça passe tout seul.

Pour les becs sucrés, je vous conseille de vous rafraichir dans un snack entre deux boutiques, en goutant un Jigarthanda, la boisson typique de Madurai : du lait bouilli, de l’essence d’amande, du sirop de rose et une boule de glace vanille. Une petite tuerie glacée !
On en sert un peu partout dans la ville et pour une trentaine de rupees, chaque resto vous promet le meilleur Jigarthanda de Madurai. Testé et approuvé : le snack situé à l’angle de Nethadji Road et de West Perumal Maistry Street, et celui juste en face de la porte Sud du temple Meenakshi.

 

Pour une visite sympa et instructive, qui peut facilement s’intercaler pendant les horaires de fermeture du Temple, ne pas manquer le musée Ghandi, à une dizaine de minutes en rickshaw du centre-ville (compter 100 roupies maxi)
Comme lui aussi ferme de 13h à 14h et que j’arrive sur place à 12h50 (bien renseignée, la fille !), je commence par la visite du Madurai Government Museum, dans le bâtiment attenant, qui reste ouvert en non-stop.
Dans la lignée de « Je suis une super-star et tout le monde veut une photo avec moi », le gardien tient absolument à me coller son fils de 3 ans dans les bras pour une photo souvenir. Pas du tout d’accord de se faire trimbaler ainsi par une parfaite inconnue, le gamin hurle tout ce qu’il peut. J’ai beau sourire et dire que « nan vraiment, c’est sympa mais ça va aller, il a pas l’air d’avoir trop envie votre petit, là », le papa n’en a absolument rien à faire, hurle encore plus fort sur son fils et fini par aller chercher sa femme pour qu’elle nous prenne en photo tous les 3. Assourdie par les cris stridents du petit bout à 2 cm de mes oreilles, je ne pense même pas à demander une photo avec mon téléphone, avant de rentrer pour la visite.
A l’intérieur du bâtiment, je découvre un espèce de musée de curiosités. La première partie est assez classique : des tableaux, des sculptures, des objets antiques de toutes sortes, une maquette du temple de Sri Meenakshi (où l’on peut d’ailleurs apercevoir les sanctuaires et les statues auquel on n’a pas accès dans le vrai édifice) … Puis, soudainement, dans les vitrines suivantes, ça part en cacahuète : un squelette en plastique fluo, des bocaux en formols où sont conservés plein de trucs dégueux (scorpions, serpents, sangsues géantes…) et des scènes de vie animale diverses particulièrement mal empaillées, avec notamment des explications sur les ours blancs, illustrées avec les moyens du bord par un ours brun ! Mention spéciale au Tyrannosaure à l’entrée…

 

Après cette découverte improbable, je ne sais pas trop à quoi m’attendre dans le musée Ghandi, mais il mérite en fait vraiment le détour, tout spécialement pour les nuls en Histoire comme moi ! Très pédagogique, il présente l’histoire de l’Inde, depuis la colonisation britannique jusqu’à l’indépendance en 1947, retraçant les étapes majeures du combat pacifique menée par Ghandi pour libérer son pays. On y trouve quelques belles leçons de philosophie dans les protestations non-violentes et les préceptes de « résistance passive » du Mahatma, le titre signifiant Grande Âme qui lui fut désigné par un admirateurs et qui l’accompagna toute sa vie. Une visite émouvante qui fait du bien au moral.

 

S’il vous reste du temps à tuer à Madurai, vous pouvez découvrir le Tirumalai Nayak Mahal, un ancien palais relativement délabré, à l’architecture très simpliste. Un son et lumière s’y tient tous les soirs à 18h45, annulé en cas de pluie, ce qui fut le cas pour les deux soirées que j’ai passé dans cette ville. Je ne pourrai donc pas dire si c’est chouette ou non, mais rien que pour le folklore, ça doit valoir le coup d’œil.

Côté bons plans restos, tous les guides confondus vantent les mérites du Surya, le restaurant situé sur le toit de l’Hôtel Supreme, dans la West Perumal Maistry Street, la rue gourmande du centre-ville. « Vue splendide sur la ville et sur le temple », « Parfait pour une bière fraiche en fin d’après-midi », … Bref, ça me semble l’endroit idéal pour trouver des touristes : après quasiment 2 journées en solo, j’ai envie de sociabiliser un peu. Bonne pioche, alors que je n’ai croisé que peu d’occidentaux pendant les visites, le resto en est rempli. J’y fais la connaissance d’un couple de français et on passe une chouette soirée à papoter et à décapsuler des bières, un sacré luxe à 250 rupees la bouteille de 750 mL, alors qu’on mange pour moitié moins !
Pour ce qui est de la vue sur le temple, je ne sais pas depuis quand les guides n’ont pas été mis à jour, mais je conseille plutôt de grimper sur le toit de l’hôtel d’en-face, le Golden Park, situé entre le Supreme et le Temple, et grignotant donc en toute logique la vue sur les tours depuis la terrasse du Surya. Petit déjeuner servi sur place à partir de 7h, mérite de mettre son réveil pour être aux premières loges lorsque les belles lumières inondent les Gopuras.

 

Deux jours sont suffisants pour découvrir Madurai, en prenant le temps de faire toutes ces visites et de flâner dans les rues pour « ressentir » la ville. J’en avais prévu 3, c’était presque trop, mais ça m’a permis une arrivée en douceur.
Passée cette première étape, je prends la route pour l’Ashram Sivananda où j’ai prévu de passer une semaine, à la découverte du Yoga et de la méditation. Vais-je atteindre l’éveil ? Réussir la célèbre posture « Je tiens sur la tête » ? Survivre avec une seule heure de wifi par jour ?? Réponse ici !

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