Nous avons tous dans notre imaginaire certains lieux sur le globe, des villes ou des pays, dont les noms nous font rêver et nous invitent au voyage, nous évoquant mille et une choses, sans vraiment trop que l’on sache pourquoi. Pondicherry faisait partie de ces villes pour moi et c’est donc avec beaucoup d’émotion que j’y suis arrivée.

Très différente de ce que j’ai rencontré lors de mes précédentes étapes, la ville est assez moderne et ultra-trendy. Viviers d’expats du monde entier et rencontrant une forte concentration de touristes au m², elle constitue le repaire de bobos-chics et de babas-chocs.
J’avoue qu’après 3 jours, je ne sais toujours pas si j’aime ou je déteste…

Je pose mes valises à la maison Radha, une guesthouse située dans le quartier tamoul. Un peu moins chic que le quartier français, mais beaucoup plus animé. Ça me convient bien. L’endroit est vraiment cool. Les chambres sont belles, décorées avec de grandes fresques murales, toutes différentes d’une chambre à l’autre. Sur les murs de la mienne sont peints les fameux animaux en terre cuite des bois sacré, cette tradition découverte quelques jours plus tôt à Nartamalai et qui m’avait tellement émue. Il n’y a pas de hasard !
Au-delà des chambres, il y a une vraie ambiance d’auberge de jeunesse qui est agréable ici. Grande salle commune avec cuisine, roof-top relax, plein d’activités proposées… Dommage que l’on soit en saison creuse et que la guesthouse soit vide. Je pense que l’endroit doit être redoutablement efficace pour faire des chouettes rencontres, dès qu’il y a un peu de monde. Du coup, je papote beaucoup avec Ravi, le proprio de l’établissement.

 

Pondicherry est très étendue mais le centre se parcours facilement en marchant. Pour moi qui aime découvrir les villes à pieds, je suis servie. Je passe de longues heures à flâner dans les différents quartiers et à m’amuser des multiples contradictions de cette ville.
Les petites ruelles calmes joliment arborées aux façades art déco traversent d’immenses avenues typiques des grandes villes indiennes, ultra bruyantes et qui dégueulent de scooters.
Dans les rues, les jeunes générations locales ont adopté look occidental et se baladent en jeans, épaules dénudées pour les filles, suivis de leurs ainés en tenues traditionnelles.
Les gargotes de street food flirtent avec les restos de cuisine fusion, les bars lounge et les enseignes de fast-food internationales, pour un mic-mac culinaire assez improbable. Je retrouve même des repères réunionnais, devant des devantures de restos créoles ou derrière le nom de certaines rues existantes sur mon île.
En milieu d’après-midi et jusqu’après la tombée de la nuit, des stands de vêtements de seconde main investissent les trottoirs et transforment la ville en étrange friperie géante.

 

Le quartier français, décrit comme un must-see absolu par tous les guides, me fait l’effet d’un pétard mouillé. Situé en bordure du quartier tamoul, on y arrive en franchissant une espèce de canal Saint-Martin version asséchée. Et là, je découvre des rues complètement désertes, ce qui est tout bonnement incroyable pour l’Inde. Je ne croise quasiment pas un chat… A peine une ou deux vaches. La journée, c’est un peu déroutant mais à la nuit tombée, ça en devient carrément flippant. Alors que je me suis pas sentie une seule fois en insécurité de tout mon voyage, je ne suis pas super rassurée de me retrouver seule dans ces vastes rues peu éclairées.

 

Encore plus à l’Est, j’arrive sur le front de mer, une agréable et longue esplanade où seuls les innombrables tuk-tuk viennent nous rappeler qu’on n’est pas sur la promenade des anglais. Je lis dans mon Lonely qu’à partir de 16h, la circulation est interdite. Je programme de revenir à la nuit tombée, toute enjouée de découvrir un remblai animé… Tu parles ! Version nocturne, la promenade est complètement morte et franchement glauque : mal éclairée, silencieuse… La population étant à 95% masculine, je ne m’attarde pas trop. Les seules animations se concentrent près de la statue de Gandhi, autour d’un petit marché artisanal et de quelques stands de street-food.

 

La ville tamoule me séduit beaucoup plus. Mélange vibrant de cultures, je croise successivement au cours de mes balades plusieurs mosquées, temples hindous et cathédrales, ce qui n’est pas sans me rappeler le métissage ethnique de mon île. C’est d’ailleurs la grosse teuf au temple hindou, pour l’anniversaire de Krishna. J’avoue que le concept de fêter l’anniversaire d’un dieu m’amuse beaucoup. Un éléphant attend les fidèles pour les bénir de sa trompe devant l’entrée. Les parents balancent les uns après les autres leurs enfants au cornac perché sur la tête du pachyderme, pour la photo souvenir. Apeurés, les pauvres gamins hurlent tout ce qu’ils peuvent et se font en plus engueuler de ne pas être plus courageux.
Le temple est très bling-bling, doré de partout et aux peintures particulièrement vives. Malheureusement, les photos sont strictement interdites, extérieur comme intérieur, et les gardiens veillent…

 

Au cœur du quartier tamoul, sur Nehru Street, le marché central mérite lui-aussi un vrai détour même si l’on n’a rien à acheter, juste pour le plaisir des sens. Je mitraille de photos les différents espaces : Le marché aux poissons, où les effluves donnent envie de s’arracher les nerfs olfactifs avec le premier objet tranchant qui nous passera sous la main et où des milliards de mouches bisoutent amoureusement des poissons d’une fraicheur douteuse ; le marché aux fruits où mon odorat reprend peu à peu ses esprits et où les dizaines de variétés de mangue me laissent rêveuse ; le marché aux fleurs aux milles couleurs, où les hommes réalisent des guirlandes florales avec beaucoup de minutie, avant de les confier à leur épouse pour qu’elles les revendent…
Sur un de ces étals, deux papys barbus me demandent de les prendre en photo, l’air amusé. Je m’exécute, prends plusieurs clichés, leur montre… On rigole, même si je ne comprends pas très bien ce qu’ils baragouinent entre eux en tamoul. Vient alors un jeune indien qui m’indique en anglais d’arrêter de leur parler et de supprimer les photos, car ils sont en train de dire, je cite « des choses non appropriées » sur moi. Il s’adresse ensuite à eux sur un ton plutôt musclé et ils échangent quelques mots énervés.
Je le remercie pour sa franchise et son assistance, alors qu’il n’était obligé de rien. Il me répond qu’il a simplement envie que les touristes gardent une belle impression de son pays, qui ne soit dégradée par des personnes peu respectueuses.  Puis chacun repart dans sa direction. Un beau moment.

 

A 14h, le soleil de plomb me cloue littéralement au sol. Le parc Bharathi, au coeur du quartier français, représente une bonne option pour se mettre au frais. A l’ombre des grands arbres, je me pose avec un bouquin, à peine dérangée par le cui-cui des oiseaux et par les écureuils nains diaboliquement mignons qui courent sur la pelouse.

 

Autre bonne idée pour échapper à la chaleur insoutenable des rues, je me cale un moment de détente climatisé dans un centre de massage ayurvédique conseillé par Ravi, le centre franco-indien de Pondicherry. Les salles sont plutôt jolies et l’hygiène est relativement correcte, en se plaçant dans le référentiel de l’Inde. A savoir et à respecter si l’on veut éviter les mauvaises surprises : on se fait masser par une femme si on est une femme et par un homme si on est un homme. Quelle bande de prudes, me direz-vous… Sachez qu’en fait, on se retrouve complément à poil avec son masseur ou sa masseuse ! Pas de chichi chez les Indiens.
Après m’avoir versé l’équivalent d’un bidon de 5L d’huile de sésame sur le corps, ma masseuse me pétrit gentiment des pieds à la tête. J’ai beau lui répéter deux fois qu’elle peut y aller plus fort et que je préfère les massages appuyés, je n’ai droit qu’à des papouilles huileuses. Pas désagréable, mais pas vraiment ce que je venais chercher. Une fois le soin terminé, elle m’essuie vaguement le surplus d’huile (c’est peu dire !) avec un torchon qui a l’air d’avoir épongé déjà quelques clientes avant moi et me laisse partir, avec la consigne d’attendre 2h avant de me doucher, pour conserver les bienfaits des essences utilisées… Vient alors ce moment délicieux où l’on se met à dégouliner à cause de la chaleur et où l’on ne sait plus trop si c’est de l’huile ou de la sueur qui perle sur notre front et le long de notre dos. Un petit bonheur !

 

De retour à la guesthouse, je fais part de mes impressions mitigées à mon ami Ravi. Il me conseille alors un autre endroit pour retenter le coup et réserve pour moi au cabinet de massage Kerala Ayurveda. Là, pour quasiment le même prix, je m’offre un massage à 4 mains, avec deux masseuses rien que pour moi. Une pure merveille… Je dois me mordre les joues pour ne pas éclater d’un rire nerveux quand elles commencent à me masser, tant l’expérience sensorielle est hallucinante. Sous les stimuli ainsi démultipliés, des sensations me proviennent de partout, je ne comprends rien à ce qui m’arrive… Mon cerveau n’a pas d’autre choix que de lâcher prise et c’est juste trop trop bon !
Cerise sur la table de massage : j’ai même le droit de prendre une douche sur place à l’issue du soin, pour me débarrasser des litrons d’huiles qui imbibent mon épiderme et mes cheveux.

 

Après les massages, je demande conseil à Ravi pour des cours de Yoga. Ayant mis ma discipline sur pause à Tanjore et Trichy, j’ai envie de m’y remettre pour ne pas perdre les bénéfices acquis durant mon boot-camp ashramien (« ashramieux » ? « ashramesque » ?…).
Ravi m’oriente vers le centre Rishi Yoga and Ayurveda. Je booke deux cours matinaux et je me retrouve en cours particulier avec Gireesh, un excellent prof qui officie notamment à Auroville, la ville expérimentale créée par Sri Aurobindo à quelques kilomètres de Pondicherry. C’est top d’avoir un prof pour moi toute seule, mais du coup ce n’est pas non plus là que je vais sociabiliser !
La séance suit plus ou moins la même routine que ce que j’ai expérimenté à Madurai. Étant encore débutante, c’est plutôt cool : je ne perds pas mes repères et ça me facilite la vie. On enchaine méditation, exercices de respiration, postures et relaxation. Maintenant que je m’y connais un peu plus, j’apprécie davantage et j’arrive bien mieux à maîtriser mon souffle, ressentir mon corps dans l’espace et les mouvements que je peux lui autoriser.
Le lieu en revanche est assez rustique, beaucoup moins beau que le cadre de l’Ashram. Et pour challenger ma capacité de concentration (de base déjà relativement modérée), des bruits de travaux réalisés dans la cage d’escalier viennent régulièrement nous déranger. Aussi, Gireesh me donne rendez-vous pour le lendemain directement chez lui et la séance se passe sur le toit de son immeuble, au calme.
Nous passons une grande partie de cette deuxième session à discuter de métaphysique et de spiritualité. On relègue un peu les postures de yoga au second plan mais ce n’est pas très grave car on passe un super moment.

 

Bien décidée à tester toutes les activités de Pondy-city, je pique chez Ravi-les-bons-tuyaux tous les bons plans possibles. Il me parle du centre culturel Sita, qui propose plein d’ateliers autour des arts et de la culture du sud de l’Inde. Parmi eux, des cours de cuisine, de langue ou de kolams, les dessins en poudre de riz réalisés devant les maisons chaque matin. Ayant déjà pris bonne note de mon incompétence totale en la matière lors de mon cours à Trichy, je me tourne plutôt vers une activité qui attire mon attention autant qu’elle attise ma curiosité : une initiation à la danse Bollywood.
Je me retrouve avec 3 franco-indiennes hyper cool et un prof presque aussi doué que Justin Timberlake. Presque.
En une heure, il tente tant bien que mal de nous apprendre 3 chorégraphies très courtes, nous donnant ainsi un aperçu des différents styles de danses indiennes. Pour la pédagogie, on repassera, mais on se marre beaucoup et au final, on arrive plutôt bien à retenir et enchainer les mouvements, avec presque autant de classe que Beyoncé. Presque.

 

A l’issue de ces 3 jours à Pondicherry, mon impression est mitigée. La ville me plait car elle offre de nombreuses expériences, des belles possibilités de shopping et des découvertes culinaires intéressantes, mais j’ai le sentiment d’un endroit un peu fake, moins typique que ce que j’ai pu découvrir auparavant et bien loin de l’Inde bordélique et palpitante qui me fait vibrer.
Le fait de passer 3 jours complètement seule, après mes précédentes étapes où j’étais très entourée, m’est également un peu étrange. C’est pas faute d’essayer, de m’inscrire à des activités ou d’aller vers les autres, mais cette fois-ci, ça ne prend pas. Pour autant, avec le recul, c’est peut-être l’étape où je me serai le plus écoutée et où j’aurai fait le plus de choses pour moi, en me payant le luxe de donner satisfaction immédiate à mes envies comme elles venaient, qu’elles soient profondes ou complètement futiles (du style : « tiens, il est midi, je mangerais bien une glace. » ; « tiens, il est 13h, je mangerais bien encore une glace » ; « bon en fait aujourd’hui, je ne vais me nourrir que de glaces »).
Et finalement, c’est sans doute là l’un des plus beaux aspects du voyage en solo : pouvoir (re)prendre la 1ère place dans sa vie !

 

Infos pratiques :

HEBERGEMENT
La maison Radha – 23, Thillai Maistry Street
1400 rupees pour une chambre double avec clim. Petit déj en supplément pour 200 rupees. Réservation : Contacter Ravi à lamaisonradha@yahoo.com – www.lamaisonradha.com

RESTOS ET GOURMANDISES
Indian Coffee House – 12 Nehru Street
Institution très fréquentée des locaux, on y mange à toute heure de la journée, du salé, du sucré, du chaud, du froid… Bon marché et excellent !

Restaurant de l’Hôtel Surguru – 99 Mission street
Belle salle climatisée, super bon thali, un peu plus haut de gamme. Compter 150 rupees pour un repas.

Restaurant de l’Hôtel Nila – Ignacy Maistry Street, en face du marché alimentaire
Resto végétarien très (très !) roots, excellent repas (thalis, idli, dosas, …), les moins chers de toute la ville.

Baker Street – 123 Bussy Street
Pour les crises de manque de viennoiseries ou par simple gourmandise, pour un petit déj ou un goûter. Belle boutique, rayon de pâtisserie à se damner et excellents petits pains au chocolat (qui, je ne sais par quel miracle, sont dénommés ici « chocolatines »… Mais leur je veux bien leur pardonner cette erreur de langage manifeste, car c’est vraiment trop bon)
Un peu cher : compter 250 rupees pour un petit déj.

Honeydew Sweets – 34 Nehru Street
La version indienne des salons de thé : un micro-pièce de 2m² avec deux bancs de part et d’autre, où l’on déguste un chaï brûlant accompagné de pâtisseries locales au miel, aux noix, à la semoule… Le truc à te faire prendre 3 kgs rien qu’en regardant la vitrine !
Très très bon marché

 

ACTIVITÉS
Yoga
Rishi Yoga & Ayurveda – 307 Mission Street
400 rupees pour 1h15 de cours de yoga, qui peut se faire en groupe ou en particulier pour le même tarif. Propose aussi des soins ayurvédiques que je n’ai pas testé.
Réservation : rishipondy@gmail.com ou par téléphone : Gireesh : +91 89 40 88 08 66

Massage ayurvédique
Kerala Ayruveda – 27 Muttu Mariamman Kovil Street
Très bel endroit, propre, masseuses ultra-compétentes. Compter 1000 rupees pour 1h de massage de tout le corps avec une seule masseuse, 1200 rupees pour le même avec deux masseuses (et ne surtout pas hésiter à mettre ces 200 rupees de plus pour le massage à 4 mains ! J’en frémis encore !)
Réservation : +91 99764 53434

Centre Culturel Sita – 22, Candappa Moudaliar Street
Propose un tas d’activités culturelles très variées, de la danse à la peinture en passant par la cuisine, la photographie, la méditation ou encore des cours de langue ou des balades guidées en vélo dans Pondicherry.
Réservation : +91 99 44 01 61 28 mais le plus simple est de passer directement sur place pour voir les différentes activités proposées et les plannings. Site internet : www.pondicherry-arts.com

2 thoughts on “Pause trendy à Pondy”

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