Parmi les nombreuses choses qui figurent sur ma « to-do list » de vie, se trouvent « faire une retraite dans un Ashram », « me mettre à la méditation » et « me mettre au yoga ».
J’ai donc décidé pendant mon voyage en Inde de faire d’une pierre 3 coups à Madurai, dans l’Ashram de Sivananda, un illustre maître spirituel hindou.

3 jours après mon arrivée et mes visites de la ville de Madurai, je me mets en route. Deux options pour s’y rendre depuis le centre-ville : les taxis vous emmènent pour 650 roupies (un peu moins de 10€) ou les bus public pour 15 roupies. Le choix est vite fait, je me le tente en bus.
Avant de débarquer avec mes 20kg de bagages (oui, on est d’accord que pour 15 jours, c’est beaucoup trop, j’ai fait le tour du monde avec moins que ça, mais c’est un autre débat) à la gare routière Periyar, au centre de Madurai, je laisse mes affaires à l’hôtel et viens prendre la température. Il y a au moins 60 quais de bus, c’est immense ! Presque personne ne parle anglais et ceux qui le parlent ne comprennent pas où je veux aller. Je finis par rencontrer quelqu’un qui m’indique le bon numéro de bus, le 23, et les horaires, toutes les 30 minutes.

Quand je reviens 1h plus tard chargée comme une mule, pas de bus à l’endroit indiqué tout à l’heure… On m’en indique un autre, j’ai à peine le temps de grimper qu’il démarre. Espérons que ce soit le bon. Je demande « Sivananda Ashram ? Natham Road ? », les gens me sourient gentiment et en dodelinent de la tête.

Je ne suis pas sûre de me faire un jour à cette manière d’acquiescer, même si je devais passer 10 ans dans ce pays ! Mais je prends ça pour un oui général. Arrêt après arrêt, le bus se remplit doucement mais surement jusqu’à ce qu’on se retrouve tous comme des sardines au massala. Me voyant seule occidentale dans le bus et flairant le bon plan de la touriste pigeonne, le contrôleur essaye de m’arnaquer sur le prix du ticket. C’est sans compter sur la défense de ma voisine de siège, qui lui crie dessus jusqu’à ce qu’il me rende le bon montant sur mon billet de 20 rupees.

 

Bien incapable de comprendre quoique ce soit sur le trajet, j’essaye de négocier avec un voisin de siège qu’il me prévienne de l’arrêt. Ce qu’il a la gentillesse de faire 2m avant. Je me précipite sur mes sacs et saute sur le bas-côté. Le chauffeur m’indique d’un vague signe de la main la direction vers laquelle marcher, avant de remettre les gaz.
OK, no panic : je suis en rase campagne tamoule, avec 20 kg sur le dos, il doit faire 60°C et je ne sais pas vraiment où aller. Je suis les indications du chauffeur et croise au bout de quelques centaines de mètres un carrefour avec un panneau indiquant l’Ashram. Ouf !

J’arrive, fais mon check-in et découvre le lieu où je vais rester une semaine. L’impression générale de ma première demie-journée est franchement « Qu’est-ce que je fais là ! ».
Je me dis ça en découvrant le dortoir (après une semaine de pratique, c’est très correct). Puis en allant diner, et en entendant mes camarades entonner « Hare Krishna » alors qu’on nous sert notre repas (qui doit impérativement s’apprécier en silence). Puis lors de la méditation vespérale post-dinatoire, d’abord en silence, puis en chants… Puis avant d’aller me coucher, lorsqu’un des participants, que je vois jouer dans une flaque d’eau avec des larves et à qui je demande ce qu’il fait, me répond « Je les sauve de la noyade »….. Bref, l’impression d’être tombé dans un asile de bisounours… Je le prends avec philosophie : c’est aussi ça que je suis venue chercher. On verra au bout d’une semaine !

Le lendemain, lorsque le réveil sonne à 5h30, l’idée de rester dans mon lit me parait mille fois plus séduisante que celle d’aller méditer et psalmodier en sanskri… Allez, pas le 1er jour quand même. Hop, je me lève ! La séance passe plus rapidement que la veille au soir, car je suis encore tellement dans les vapes que vider mon cerveau se fait tout naturellement.
A la fin de la séance, on nous explique ce qui sera notre programme quotidien, digne d’un boot-camp :

5h30 : Réveil
6h00 – 7h00 : Satsang (méditation et chants)
7h30 : Thé
8h – 9h30 : Cours de Hatha Yoga
10h : Brunch
11h – 12h : Karma Yoga
13h : Coaching de yoga (en cas de doutes ou de difficulté sur les postures)
13h30 : Thé
14h – 15h : Lectures et enseignements sur le Yoga et l’Hindouisme
16h – 17h30 : Cours de Hatha Yoga
18h : Diner
20h – 21h30 : Satsang
22h : Extinction des feux, tout le monde au lit.

Ca fait un peu flipper à la lecture, mais ça me fait du bien d’avoir un cadre, si strict soit-il. Au fur et à mesure des jours, je finirai même par trouver cette routine reposante.

Après le thé du matin (servi sans petit gâteau), je commence mon 1er cours de Yoga. Je ne suis pas une débutante à 100%, mais presque. Mes séances hebdomadaires dans ma salle de sport m’ont permis d’acquérir les bases, mais j’ai encore beaucoup de progrès à faire sur la voie de l’illumination (et je ne vous parle pas de celle de la souplesse !).
90 minutes de salutations au soleil, de respirations, d’étirements, d’équilibres et de postures en tous genre plus tard, je suis sur un petit nuage, l’esprit serein et parfaitement détendue. Je n’y connais pas encore grand-chose mais parmi les participants, 2 profs de yoga venus en formation pour booster leur technique me confirment que les cours sont d’une grande qualité.

On enchaine sur le « brunch ». Il est 10h30, je suis debout depuis 5h30 et bien que le dernier repas remonte à 18h hier soir, je n’ai pas très faim. Mon estomac et moi redoutions un peu cette diète forcée à coup de 2 repas quotidiens, à des amplitudes assez larges, mais je me dis qu’en fait, ça va bien se passer.
La nourriture est excellente. On suit un régime végétarien et « sattvique », c’est-à-dire sans oignon, sans ail, pauvre en sel, pauvre en huile et pauvre en épices. Ok, présenté comme ça, j’admets que ça parait bien tristounet, mais en vrai, les assiettes se révèlent ultra-riches en saveurs.

 

Après le déjeuner, c’est le moment du « Karma Yoga », qui comme son nom ne l’indique pas, n’est pas du « yoga » comme on l’entend, mais est en revanche très bon pour le karma : chaque participant doit effectuer une tâche ménagère pour la vie de l’Ashram, de manière désintéressée. C’est censé combattre directement notre égoïsme. Je suis assignée à nettoyer les douches du dortoir et à passer la serpillère dans la salle de bain commune. Pour moi qui ne le fait même pas chez moi (je me suis payé le luxe d’avoir une femme de ménage à la maison… Mon côté PushUp…), on peut dire que je combats de plein fouet mon égoïsme !!

Vient ensuite le moment de la « lecture », où nous apprenons les enseignements de Sri Sivananda et Sri Vishnu-Devananda, les deux maîtres spirituels qui ont fondés cet Ashram.

Puis à nouveau 2h de Yoga, avant le diner, puis la séance de méditation du soir, avant d’aller dormir.

Les jours se suivent selon le même programme et pourtant, ne se ressemblent pas.

Les méditations se font sous le bien nommé « meditation hall », de manière relativement guidée. Ça ne va pas très loin, du style « concentrez-vous sur votre respiration« , « prenez conscience de votre corps« , « faites le vide« , … Facile à dire, avec mon mental qui carbure H24, entre les pensées logistiques (« Vivement le cours de yoga de toute à l’heure« , « tiens, il faudra que je pense à réserver une guesthouse pour ma prochaine étape« ) ou carrément métaphysiques (« mais là, si je pense que je ne pense à rien, je pense quand même, donc je ne pense pas à rien… Rahhhhh punaise, tais-toi petit cerveau !!!« )…
Au fur et à mesure des jours, j’arrive néanmoins à me laisser aller. Pas forcément à canaliser ce flot incessant de pensées, mais à juste les observer aller et venir, sans y attacher d’attention, comme un élastique qui se tend et se détend quand la-dite pensée s’en va…

Les lectures (qui sont en réalité plus des sortes de causeries) nous enseignent plein de choses sur la culture hindoue ou le Yoga. J’y apprends notamment que ce mot sanskri signifiant « union » ne désigne par un sport, mais un art de vivre complet. Les postures, que nous occidentaux appelons communément Yoga et qu’il faut en fait désigner par Asana, ne sont qu’une infime partie de cette pratique, et ont pour but de renforcer le corps afin qu’il puisse rester des heures sans bouger, en lotus, pour méditer. Le Yoga comprend également des exercices de respiration (« pranayama » ou le souffle de vie) qui aident à focaliser son attention pendant la méditation, pierre angulaire de la discipline yogique.

Côté nourriture, je suis surprise car j’ai de moins en moins faim au fur et à mesure des jours. Pourtant, les 2 séances quotidiennes de Yoga (enfin, d’Asana !) sont vraiment physiques. Mais la nourriture est très riche, entre légumineuses et céréales, servie copieusement et resservie sur demande. Je suis calée à chaque repas pour toute la journée.
Et après chaque séance de méditation, on nous fait partager la « prasade », l’équivalent hindou de la communion chrétienne, mais en bien plus cool puisqu’en lieu de notre ostie mollassonne, nous partageons tantôt un morceau de fruit, tantôt des dates fraiches, tantôt des céréales et du miel… En plus d’être sympa et super bon, ça nous permet de tenir entre les repas.
Ces derniers se dégustent de manière très simple, assis par terre en cercle, en mangeant avec la main droite (l’usage de la main gauche étant réservé à l’autre extrémité du tube digestif). Le silence est de rigueur pendant tout le repas. Dans la mesure où je suis quand même une grosse pipelette, je me disais que ces repas allaient être super rapides, sans échanges et bla-blas. Mais en fait, pas du tout. Je prends le temps d’apprécier chaque bouchée, de me connecter à mes sensations, de mieux appréhender la satiété…

Le vendredi, c’est journée off. Les cours et activités ont lieu mais ne requièrent pas de présence obligatoire, à l’exception des méditations du matin et du soir (comprendre : pas de grasse mat’). Nous avons la possibilité de sortir de l’ashram et d’aller visiter les environs si nous le souhaitons. Comme je ne suis là que 6 jours, je tiens à assister aux cours de yoga du matin et de l’après-midi, mais entre les deux, j’accompagne Lana, une participante australienne, qui me propose le plan de rêve : un resort à 3km de l’Ashram avec une piscine !!! On marche les 200 premiers mètres avant de lever le pouce, écrasées par la chaleur. La première voiture qui passe s’arrête nous dépose à l’hôtel Kadambavanam. On découvre un endroit assez improbable : au milieu de nulle part, un hôtel 4* (qui devait être super luxueux à sa construction, au vu des photos du site internet, mais sacrément laissé en décrépitude depuis), avec une piscine immense chlorée à mourir. C’est plutôt propre dans l’ensemble, à l’exception de certains bassins où je ne tremperais même pas un orteil.
L’hôtel est désert, je me demande comment ils survivent… Peut-être font-ils leur beurre avec les résidents de l’Ashram qui viennent profiter de la piscine chaque vendredi pour la modique somme de 350 roupies, ou avec les habitants de Madurai qui y viennent sans doute pour se mettre au vert les week-ends. Avec les 40°C ambiants, le plongeon est un vrai bonheur.
C’est néanmoins une pause assez étrange car, alors que je n’avais pas du tout ressenti de faim ou même de gourmandise en étant dans l’Ashram, le fait de me trouver dans ce contexte différent de détente, face à la piscine, me donne une terrible envie de commander tout ce qu’il y a sur le menu, que le serveur vient ingénieusement déposer sur l’accoudoir de mon transat. J’arrive néanmoins à être forte et à résister à la tentation. Mais de même, en revenant à l’Ashram, alors qu’au fur et à mesure des jours, j’avais commencé à mieux me concentrer sur mes ressentis durant les méditations et à tenir plus longtemps mes asanas, le fait d’avoir reconnecté avec le monde me renvoie à la case départ et la méditation du soir-même m’est bien difficile. Mon conseil donc, en cas de court séjour : rester dans l’Ashram même pendant la journée du vendredi. On a tout le temps en partant de retrouver la civilisation.

 

Je suis vraiment ravie car malgré mes recherches sur le net, je craignais un peu de tomber dans un piège à touristes en quête de sens (un peu comme moi ceci-dit !) ou complétement illuminés, et de ne pas croiser un seul indien. Et c’est une vraie bonne pioche, puisque l’Ashram accueille des participants du monde entier, du plus proche (le village d’à côté) au plus lointain, comme les participants japonais, espagnol ou australien que je rencontre. Pour ce qui est des illuminés, ce n’est pas trop méchant, pour peu qu’on soit un peu ouvert à la spiritualité.
Je me rends aussi compte que partout sur le globe, nous connaissons les mêmes problèmes. Je discute avec une participante de Madurai, ville située à 20 km de l’Ashram. Employée dans une banque, elle subit beaucoup de stress quotidien dans son travail et n’arrive pas forcément à prendre le temps pour se (re)connecter à elle-même. Impression de déjà vu ?
De plus, l’endroit est vraiment magique et parfaitement propice à la détente et la méditation, entre les centaines de papillons qui volent dans les jardins et les singes qui jouent à cache-cache dans les arbres ou qui viennent espionner nos séances de Yoga…

 

Au bout d’une semaine, je n’ai pas en envie de partir ! Le rythme est intense et je suis contente de m’octroyer un peu de repos et de découvrir d’autres aspects de l’Inde, mais l’ambiance de l’Ashram était tellement douce, les rencontres faites ici tellement belles, que ce soit les profs ou les autres participants, que j’ai un vrai pincement au cœur au moment de dire au revoir.
Je conseille à 200% ce lieu à tous ceux et celles qui souhaitent tenter l’expérience d’une retraite en douceur. Cet Ashram en particulier est plutôt souple, en comparaison à d’autres dont m’ont parlé certains participants. En théorie, on demande une participation obligatoire à chaque cours et activité, mais ils gardent en tête qu’on est là pour passer un bon moment, parfois des vacances, qu’on est débutants dans la discipline et surtout, qu’on est assez grand pour se gérer tout seul. Pour la petite histoire, une participante m’a raconté s’être vue convoquée dans le bureau du directeur d’un autre Ashram pour ne pas s’être levée un matin et avoir loupé la méditation de 6h !

Pour les débutants, les cours de Yoga sont vraiment topissimes car très progressifs. Les profs s’adaptent au niveau de chaque participant, proposent des options et des variations sur chaque posture pour que chacun puisse y trouver son compte, et viennent corriger ces dernières pour que dès le début, on sache comment placer son corps correctement. Moi qui suis souple comme un manche à balais en marbre et musclée comme un marshmallow fondu, j’ai réussi au bout d’une semaine à faire des trucs de dingue avec mon corps.

 

Prochaine étape : réussir la posture du scorpion ! Je me donne encore un peu de temps…

 

Pour les infos pratiques :

Tarif : 800 roupies par jour pour un lit en dortoir (non mixte – par d’air conditionné mais des ventilateurs) / 1850 roupies par jour pour une chambre simple (par non plus d’air conditionné).  Le tarif comprend la pension complète et les cours.
Les dortoirs sont bien équipés, avec des rangements pour tout son bazar (notamment des casiers qui ferment à clés). Bien qu’y ayant séjourné en plein été avec des températures assez intenses, je n’ai pas souffert de la chaleur à l’intérieur. Les bâtiments sont construits en briques avec des murs épais et gardent bien la fraicheur.

L’Ashram propose des sessions de 15 jours en non-stop (du 1er au 15 et du 16 au 30 de chaque mois). L’idéal est de pouvoir caler le début de son séjour sur le début d’une session, mais ils sont tout à fait open si vos plans de voyages ne vous permettent pas de faire autrement. La durée minimale requise est de 3 nuits.

Des matelas de yoga peuvent être empruntés sur place mais ils ont déjà beaucoup servi. Vous pouvez en acheter sur place pour 800 roupies.

Pour tous les détails : http://sivananda.org.in/madurai/

 

NB : Les illustrations de cet article font un peu ashram fantôme, mais c’est parce qu’il est interdit sur place de prendre des photos pendant les séances de méditations, les cours de yoga et les repas. J’en ai volé quelques unes pendant certains cours, en mettant de côté mon karma… Tant pis, je passerai la serpillière deux fois demain !

 

6 thoughts on “Sivananda Ashram, ou le boot-camp du bien-être”

    1. Oui, tout se passe en anglais. Yoga, causeries, échanges, …
      C’est mieux de maîtriser un tout petit peu, mais ça reste un anglais assez basique et facile à comprendre.

    1. Avec plaisir, merci à toi pour ce commentaire 🙂
      Je n’ai pas eu l’occasion de tester un Panchakarma complet cette fois-ci. Seulement quelques petits massages par-ci, par-là, que je raconterai ds un prochain article 😉
      Et toi, tu as essayé ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *