Flashback : Septembre, la rentrée, Paris, la grisaille. Rien de tel pour se remonter le moral que d’organiser des prochaines vacances. Novembre et ses ponts sont prometteurs, l’Italie me fait envie… Il ne m’en faut pas plus pour organiser une escapade à Venise avec mon amoureux. Les avis pour cette période sont unanimes : c’est idéal, peu de touristes et possibilité de voir la place St Marc sous l’eau grâce au phénomène de l’acqua alta. Ils ne croyaient pas si bien dire ! Morceaux choisis d’un séjour d’amour et de pieds dans l’eau fraiche.

Pour éviter le flygskam, nous choisissons de faire le voyage en train. Départ de Paris le soir et arrivée à Venise le lendemain matin. En plus, c’est rigolo car inhabituel. On se croirait en colo, perchés sur nos couchettes du haut. On dîne dans le wagon restaurant, autour d’un risotto à l’unique asperge encore congelée…  Mais pas de fine bouche, je suis trop contente de partir en vacances.
Je suis surprise de la qualité de la nuit, moi qui ai le sommeil léger habituellement, je suis bercée par le roulis du train et je passe une nuit reposante, pour me réveiller à 10h à Venise.

Une vue superbe sur les canaux nous attend dès la sortie de la gare. On est dans le bain de suite et c’est vraiment le cas de le dire puisqu’on est en acqua alta. Derrière ce nom poétique se cache un phénomène naturel terrible de pics de marées hautes, qui inonde régulièrement la ville, entre l’automne et le printemps. Évidemment, le réchauffement climatique n’aide pas et les acqua alta sont de plus en plus destructrices avec les années.
Sur place, c’est tout simplement incroyable ! Imaginez : tous les jours, l’eau déborde des canaux et / ou ressort par les bouches d’évacuation directement dans les rues. Tous les jours, les rues et rez-de-chaussée des maisons sont inondés, à plus ou moins grande échelle. Tous les jours, les habitants pompent cette eau pour la rejeter dans les canaux une fois la marée redescendue. Et tous les lendemains, rebelote. Les Vénitiens, c’est un peu les Shadoks de l’Adriatique.

A tous les coins de rue, des vendeurs à la sauvette proposent des sur-bottes en plastique. Impossible de faire sans, on s’arrête chez le premier venu. Mauvaise pioche : les miennes ne dureront qu’une dizaine de minutes avant que ma chaussure gauche soit elle aussi inondée. J’investis dans de vraies bottes en caoutchouc, plus solides et c’est parti pour découvrir la ville.

Quelle beauté, cette cité ! C’est beau partout, à chaque coin de rue, à chaque petit pont que nous traversons, à chaque perspective…
Et c’est beau tout le temps, aussi bien par grand soleil, que nous aurons la chance de croiser, que par temps de pluie : la ville étant très minérale et colorée, la grisaille ne l’atteint pas.
De plus, quelle que soit la météo, l’eau de la lagune reste d’un bleu profond. Espérons que ce ne soit pas dû à des écoulements de l’immense complexe industriel pétro-chimique installé à proximité immédiate, sur la terre ferme !

Nous résidons à deux pas de la gare, à l’hôtel Belle Epoque, dans le quartier de Cannaregio, le premier que nous découvrons. Moins touristique que d’autres car plus résidentiel, il constitue une excellente entrée en matière dans Venise. Coiffant la ville au Nord, ses successions de canaux, quais et ponts en font une promenade magnifique. On se perd dans les ruelles étroites qui se terminent souvent en impasses sur l’eau et on ne compte pas nos tours et détours pour trouver notre chemin.

Le lendemain, le soleil est de notre côté, le temps parfait pour une promenade en bateau. Au vu des prix des gondoles (80€ pour 30 minutes, fixe et non négociable), je laisse sombrer mon envie de romantisme et nous optons pour le vaporetto. Ces gros bateaux sont un peu les bus flottants de la lagune. Ils permettent notamment d’explorer le Grand Canal, le boulevard aquatique qui serpente amoureusement à travers les quartiers de Venise. C’est l’une des attractions majeures de la cité.
Des palazzi majestueux aux maisons nobles plus modestes, tous les bâtiments qui le bordent sont époustouflants. Et le matin, lors de l’acqua alta, c’est encore plus atypique, avec les cours intérieures des bâtisses qui se retrouvent tout en eaux et les limites des quais qui se fondent dans le canal.
Nous y naviguons du Nord au Sud, puis dans le sens inverse, de jour, de nuit et de nombreuses fois, en changeant de place sur le bateau à chaque trajet pour avoir des points de vue différents sur le parcours. On ne s’en lasse pas !

A la sortie du Grand Canal, nous arrivons sur la célèbre place San Marco. La marée est encore bien haute et la place est complètement sous l’eau ! Pour permettre aux touristes non-équipés de profiter des lieux, des passerelles ont été aménagées à environ 1 mètre du sol. Cocasse : des carabinieri en cuissardes de caoutchouc assurent la circulation. Nous reviendrons plusieurs fois, en voyant l’eau monter de jour en jour et même finir par déborder sur lesdites passerelles !
Cette place grandiose et immense était autrefois le lieu de débarquement dans la cité, avant qu’elle ne soit reliée par la route à la terre ferme. Les Vénitiens souhaitaient toujours impressionner leurs visiteurs par leur opulente richesse et on imagine que ces derniers étaient servis en arrivant ici.
On monte sur le campanile pour une vue à 360° sur la Sérénissime, qui nous parait finalement toute petite, perchés à près de 100 mètres de hauteur. De là, on admire les toits, mais également les terrasses perchées au sommet des maisons. C’est là que les Vénitiennes venaient se dorer la pilule, pour donner à leurs cheveux ce blond si célèbre. Ce que l’histoire ne dit pas, c’est cette fameuse teinte était obtenue grâce à l’ammoniaque contenu dans de l’urine de chat ou de cheval, dont ces dames se tartinaient la tignasse avant d’aller se faire bronzer. A bien réfléchir, je vais garder mon brun foncé !

Pour ressortir de la place, attention à ne pas passer entre les deux colonnes de la petite place Saint Marc. C’est ici qu’avaient lieu les exécutions de condamnés à mort et la superstition locale conseille vivement de faire un petit détour. On s’en approche quand même suffisamment pour admirer leurs coiffes respectives, Saint Théodore qui terrasse le dragon sur l’une et le lion ailé, symbole de Saint Marc et par extension de Venise, sur l’autre. Une troisième colonne devait compléter le tout mais elle gît au fond de la lagune, à cause d’un petit incident technique lors de son transbordement !

On marche beaucoup ici, car il faut parfois emprunter des déviations pour rejoindre les ponts qui permettent de franchir le Grand Canal et d’accéder à l’autre rive. Lorsqu’on on est pris de flemme, on embarque sur un traghetto. Ces gondoles du pauvre assurent la traversée pour 2€ par tête. Ça fait le job, même si le gondolier refuse d’entonner « O sole, mio » pour ce prix-là.

Outre le tourisme, c’est intéressant d’observer l’organisation urbaine, dans un endroit pareil. Nous avons mentionné les bateaux-bus, mais nous croisons aussi des bateaux-taxis, des bateaux-carabinieri, des bateaux-pompiers, des bateaux-postaux… Attention au bateau-ambulance qui arrive toute sirène pétaradante, à 100 à l’heure, en manquant de faire chavirer les gondoles !
Autre curiosité : les bateaux-poubelles, qui attendent sur les canaux l’arrivée des éboueurs. Ces derniers arrivent en poussant des petits charriots remplis des ordures qu’ils ont collectées directement chez les habitants. Sacrée organisation !

Dans la catégorie « coutumes locales », nous remarquons aussi, dans les vitrines des panaderia et pasticceria de toute la ville, d’originales créations en biscuit en forme de chevalier, représentation de San Martino. Ce Saint fêté le 11 Novembre est une grande célébration à Venise. Le soir venu, on croise plein de gamins déguisés en chevalier qui tapent sur des casseroles avec des cuillers en bois et qui passent dans chaque boulangerie chanter la chanson de San Martino, en échange d’une grosse poignée de friandises. On aura même droit à une performance en direct, par un groupe de valeureux petits chasseurs de bonbons.

De jour en jour, on découvre d’autres points de vue sur la ville. 5 jours sur place, c’est vraiment idéal pour prendre son temps, repasser par les endroits qui nous ont plu ou s’échapper sur les îles du Nord de la lagune (qui feront l’objet d’un autre article).
Au Sud, celle de San Giorgio Maggiore et son campanile nous offre un panorama de dingue sur la cité, les dizaines d’îles environnantes et au loin, les Alpes enneigées, en petit cadeau bonus !

Si nous l’aimons pour ses ruelles qui flirtent avec les canaux, Venise est aussi célèbre pour ses églises. La concentration au m² est impressionnante : plus de 80 édifices religieux (encore une fois tous plus majestueux les uns que les autres) sont éparpillés dans la ville. Tous ne sont pas ouverts à la visite et nombreux sont payants, mais on peut toujours glisser un œil en passant la porte, pour ne vraiment visiter que les plus éblouissants.

Sur le podium, nous retiendrons :

  • La basilique octogonale de Santa Maria della Salute, à l’architecture si particulière. Juste sublimissime, l’édifice est soutenu par plus d’un million de pilotis. Aussi splendide de l’extérieur que de l’intérieur.
  • La basilique Saints Jean et Paul, l’une des plus imposantes de Venise, aux dimensions réellement colossales : plus de 100 mètres de longueur sur plus de 45 mètres de largeur, le tout sur 32 mètres de hauteur et surmonté d’une coupole de 42 mètres de diamètre. Des chaînes en acier camouflées dans des poutres en bois relient les colonnes entre elles pour assurer la stabilité du bâtiment. Il n’en faut pas moins pour héberger le panthéon des Doges de Venise.
  • La basilique San Marco, sur la place éponyme. Véritable joyau de la ville, cet incroyable édifice était utilisé comme chapelle privée du Doge, dont le Palais était attenant. Si l’extérieur est admirable, il faut vraiment y pénétrer pour en découvrir toute la beauté. De riches mosaïques sur fond d’or habillent les murs et plafonds, racontant en détail chaque passage de la Bible, tandis que plus de 60 marbres précieux en décorent les sols. Une merveille !

De cette sublime basilique au Palais des Doges, il n’y a littéralement qu’un pas, que nous franchissons pour notre dernière étape touristique.
Ce bijou d’architecture gothique vénitienne était l’ancien cœur politique de la ville. Le Doge, sorte de président de Venise, toujours issu de la très grande noblesse et élu à vie (!!!), y résidait. Le bâtiment y accueillait aussi tous les organes judiciaires et étatiques.
La visite commence dans la cour où les façades semblent en dentelles tant elles sont aériennes. On accède aux étages supérieurs par deux escaliers successifs aux noms évocateurs : l’escalier des géants et l’escalier d’or. Ce dernier est en effet paré de feuilles d’or 24 carats, payé à l’époque par le Doge lui-même. A son entrée, deux statues trônent en allégories du pouvoir de Venise : Hercule tuant l’hydre de Lerne et Atlas portant le monde sur ses épaules. L’objectif était toujours d’impressionner les autres pays en visite dans la cité. On s’en rend bien compte dans les salles institutionnelles, complètement exubérantes, et notamment la salle du grand conseil, l’une des plus vastes salles d’Europe et sans doute aussi l’une des plus richement décorées.

Pour sortir des sentiers battus, nous optons pour la visite guidée des itinéraires secrets du palais. Nous montons d’un étage pour découvrir les bureaux des bourgeois fonctionnaires de l’état, beaucoup plus simples car non accessibles au public. Il n’y avait ici personne à épater ! Déjà à l’époque, on pouvait pester contre les horaires de bureaux de l’administration : en raison des murs boisés et des risques d’incendies, il était interdit de s’éclairer à la bougie. La journée de travail se terminait donc au soleil couchant, soit à 16h en hiver.
Les employés avaient accès en ce lieu aux plus grands secrets de Venise. Le Doge achetait leur silence avec une très grosse paye, comme celle du grand chancelier qui s’élevait à 500 000 € par an, hallucinant pour l’époque.
Les derniers étages abritaient les archives secrètes de Venise. On y conservait des traités de paix, de guerre, des accords commerciaux… Des copistes travaillaient à la retranscription de chaque document en 3 exemplaires, sous la surveillance permanente des chefs de la chancellerie. Des mesures dignes de la CIA étaient prises pour assurer la confidentialité : les employés étaient choisis analphabètes, ils dessinaient fidèlement les lettres sans en comprendre le sens. Ils n’étaient engagés que pour deux mois, pour ne pas avoir le temps d’apprendre à lire et ils ne copiaient qu’une partie des documents, jamais la totalité. On peut dire que ces secrets-là étaient bien gardés !
La visite se poursuit par les prisons et la salle de torture, avant de se terminer dans une riche salle officielle, où l’on arrive en sortant d’un placard, en mode passage secret.

Notre escapade vénitienne touche à sa fin. En nous rendant à la gare pour notre train du retour, nous entendons l’alarme des sirènes hurler dans la ville pour annoncer l’acqua alta. 4 sons crescendo, le niveau d’alerte maximal : plus d’1m40 d’eau et 90% des rues de Venise inondées !
Nous partons in extremis, heureux d’avoir pu découvrir cette perle italienne avant qu’elle ne soit petit à petit engloutie sous les eaux.

Infos pratiques :

TRANSPORT
Train : La compagnie Thello propose des trains de nuit reliant Paris à Venise (avec un stop à Dijon pour les provinciaux du Nord Est). Super confortable, prix économiques pour un voyage en couchettes de 6 personnes (à partir de 60€ A/R) et possibilité de cabines 2 lits si on souhaite plus d’intimité.

Vaporetto : Une fois sur place, les bateaux sont un bon moyen de découvrir la ville. Les pass journaliers sont très vite rentabilisés (7,50€ pour un trajet simple contre 20€ pour un pass 24h ou 40€ pour 72h) et permettent de découvrir les îles de la lagune.

HÉBERGEMENTS
Hôtel Belle Époque – 127 Lista Di Spagna, Quartier de Cannaregio
Hyper bien situé (encore plus lorsqu’on on arrive en train, à 3 minutes à pied de la gare). Décoration kitsch à souhait, dans le plus pur style vénitien : meubles baroques, tapisserie en tissus, lustres en verre de Murano et même miroirs au plafond !
50€ pour une nuit en chambre double avec petit-déjeuner inclus.
Réservation sur booking ou directement sur www.belleepoquehotelvenice.com

RESTOS
Beaucoup trop de choses à dire sur le sujet ! La gastronomie italienne étant une de mes grandes passions, on s’en est vraiment mis plein la panse, pour le plus grand plaisir de nos papilles. Je prépare donc un article à part exclusivement dédié à nos ripailles.

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