J’ai longtemps hésité à écrire sur mon voyage au Cambodge.
Peut-être parce que ce voyage date d’il y a un an et que je craignais qu’il soit un peu obsolète (même si j’ai pris la peine de vérifier que toutes les infos de guesthouses ou d’activités mentionnées étaient encore à jour avant de les publier sur mon blog).
Peut-être aussi parce qu’il s’agit du dernier périple réalisé avec le compagnon de route avec qui j’ai partagé mes voyages et ma vie lors les 7 dernières années, avant que nos chemins prennent des directions différentes.
Toujours est-il qu’en me replongeant dans mes photos, je me suis remémorée à quel point j’étais fan de ce pays et ça m’a donné envie de le partager ici.

Une fois n’est pas coutume, ce voyage et ce choix de destination ont été plutôt fortuits. A la base, j’avais trouvé des billets à des prix défiants toute concurrence pour la Malaisie, au départ de La Réunion. Génial, un pays inconnu, une jungle sauvage, … Je me voyais déjà rejouer l’aventurière de Koh Lanta !
Puis, une fois les billets achetés, en commençant à préparer l’itinéraire, je me suis rendue compte que si ces derniers étaient si bon marché, c’est qu’il y avait une raison et qu’on tombait en pleine saison des pluies. Et qui a déjà observé les amis de Denis Brogniart se retrouvant sous la flotte sait qu’il vaut mieux éviter ces latitudes en période de mousson !
Opération « capacité de rebond » : Air Asia et ses tarifs low cost nous ont permis de rectifier notre trajectoire quelques centaines de kilomètres plus au Nord, pour atterrir à Phnom Penh.

Le Cambodge était une terre connue, visitée parmi de nombreux pays lors d’un tour du monde réalisé en 2013. Elle avait été si séduisante à l’époque que nous lui avions promis de revenir un jour, pour découvrir les recoins où nous n’avions pu aller.
Pour cette 2ème découverte, le choix fut donc de sortir des sentiers battus d’Angkor – bien que j’aurais adoré pouvoir m’y perdre à nouveau – et de privilégier les zones encore inconnues.

Je me rappelle de ma première impression de Phnom Penh en 2013. Une ville sans intérêt, dénuée de charme, sale, bruyante… Le ressenti n’est pas du tout le même 3 ans après, avec la joie de retrouver quelques repères. Redécouvrir un pays qu’on a surkiffé s’avère presque encore plus plaisant que la 1ère découverte.
Depuis le cœur de l’océan Indien, la route est longue : près de 30h de voyage, selon les sauts de puce suivants : « Réunion / Maurice / Singapour / Kuala Lumpur / Phnom Penh ». Cela me donne l’occasion de mener une étude comparative sur le niveau de confort des bancs des différents aéroports.

 

Tout ça pour dire qu’en arrivant à destination, pas question de faire la fine bouche. On rêve juste d’une douche et d’un lit. Après avoir joué à « plouf-plouf » sur les adresses proposées dans le guide, le choix se porte sur la Tattoo Guesthouse, au sud du marché Russe, dans un quartier populaire bourré d’hôtels routards à l’hygiène plus ou moins acceptable. Bonne pioche : celui-ci est plutôt correct.

On est d’accord sur le fait qu’on ne s’attardera pas ici et qu’on lèvera le camp aux aurores le lendemain, ayant déjà arpenté la capitale cambodgienne 3 ans plus tôt. Néanmoins, avant de quitter la ville, je veux absolument retourner manger chez Mama, un petit boui-boui où on avait dégusté un des meilleurs amok du pays, ce poulet au lait de coco qui était resté gravé dans ma mémoire gustative. Après 3 ans de présence dans les guides touristiques les plus plébiscités, les prix ont sacrément augmenté et le lieu a un peu perdu de son authenticité. Mais la cuisine tient toujours ses promesses et l’Angkor Bier est là pour nous souhaiter la bienvenue au Cambodge.

 

Sur un voyage de 12 jours, il est difficile de se laisser porter comme sur un voyage au long cours. Il faut faire des choix et se tenir à un programme. L’itinéraire que l’on construit suit les eaux du pays, avec une répartition 50% Sac à Dos dans la cambrousse, sur les rives du Mékong et 50% PushUp, vers les mers tièdes et cristallines du Golfe de Thaïlande.

On met d’abord le cap sur la région de Kompong Cham, au Sud Est du Pays. Les bus partent toutes les heures depuis la station du marché central et font arrêt pour la pause déj’ dans la ville de Skun, où la spécialité locale est la tarentule frite.
On pourrait imaginer une coutume ancestrale ou un rite initiatique autour de cette étrange gourmandise. La vérité est malheureusement plus sordide et date du régime sanglant des Khmers rouges, qui affamaient la population, obligeant les paysans locaux à innover pour trouver à manger, allant débusquer les araignées dans leur trou… Les périodes de famine sont aujourd’hui loin derrière, mais la tradition culinaire des arachnides grillées a perduré, tant et si bien que ces petits en-cas crouti-fondants sont encore fortement appréciés aujourd’hui.
J’avais déjà testé en 2013, histoire de ne pas mourir idiote, mais je décide quand même de retenter l’expérience, juste pour confirmer que nan, y’a rien à faire, c’est vraiment ultra-dégueux… Sachant la route encore longue et craignant la faim, j’agrémente le plat principal d’un petit criquet, tout aussi immonde et d’un gros vers blanc, étonnamment plutôt savoureux, si on arrive à débrancher totalement son cerveau.

 

L’arrivée à Kompong Cham est assez rock’n’roll. Cette ville de taille moyenne sur les bords du Mékong n’a rien de touristique. Il n’y a d’ailleurs pas d’occidentaux dans le bus, ce qui engendre une espèce d’agression de chauffeurs de tuk-tuk dès notre sortie.
La ville présentant peu d’intérêt, on la quitte immédiatement pour l’île fluviale de Koh Paen. Pour s’y rendre, deux solutions en fonction des saisons. En fin de saison sèche, quand le fleuve est bas, un bac assure la liaison entre le « continent » et cette île sablonneuse. Et chaque année, dès le début de la saison des pluies, un immense pont de bambou de près d’1km est construit pour enjamber le fleuve impétueux. On l’emprunte pour 2$ aller-retour.
Même juste pour le coup d’œil, ça vaut le détour. Un ouvrage d’art de haute voltige, avec tous ces ouvriers qui s’affairent quotidiennement pour rafistoler le viaduc sans cesse démantelé par les flots, en utilisant des technologies et des matériaux de pointe : un bout de ficelle par-ci, un peu de chatterton par-là… Ça n’a pas l’air super solide au premier coup d’œil, mais les gros pick-up qui s’engagent sans faire de chichi attestent de l’efficacité des travaux !

 

Sur cette petite île, loin de la ville, la seule possibilité d’hébergement est la guesthouse Mékong Bamboo Hut, pour laquelle tous les visiteurs sans exception ont un véritable coup de cœur. Sur les berges du fleuve, Hélène et Max, un petit couple de français qu’on a juste envie d’adopter tellement ils sont adorables, ont aménagé un havre de paix et de douceur.
En guise de dortoir, on découvre deux grandes huttes ouvertes aux quatre vents, où se suspendent des hamacs tout confort avec moustiquaire intégrée. La première nuit est un peu étrange, le temps de trouver une position confortable, mais on s’habitue très vite.
Un deck sur la rive est aménagé en guise de salle commune et invite à se poser sur l’un des gros poufs, le nez dans un bouquin emprunté sur place ou juste pour méditer en écoutant le vent bruisser dans les bambous géants.
Pour les repas, les deux tourtereaux sont aux fourneaux et mitonnent des petits plats plein de saveur, souvent végétariens.
L’ambiance est tellement cool qu’on pourrait sans aucun problème y passer plusieurs semaines. On se sent très vite comme à la maison et on papote, on rigole ou on joue à la pétanque avec les gérants ou les autres guest, comme si on était avec de vieux potes.
On peut louer sur place des vélos pour visiter l’île, ses petits hameaux, ses rizières et son temple, ou retourner à Kompong Cham pour un bain de ville ou un cocktail dans une auberge routarde.
Max loue même son scooter si l’on souhaite découvrir les environs plus lointains.

 

Mais c’est à la force des mollets qu’on décide de les découvrir et de partir passer une nuit dans le petit village de Chiro, à une dizaine de kilomètres de là (Conseil utile : descendre du vélo et le pousser sur les 800m du pont en bambou, pour éviter la crevaison !).
Chiro abrite l’ONG Organisation for Basic Training, connue des guides de voyage pour les séjours de tourisme rural qu’elle propose et qui servent à financer des projets humanitaires.
Fondée en 2007, l’association s’est développée petit à petit, en commençant par la mise en place de programmes éducatifs gratuits pour les enfants du village. Aujourd’hui, elle s’engage dans des projets d’envergure, autour de problématiques d’autonomie alimentaire ou énergétique, de recyclage des déchets ou d’aménagement et d’accès à l’eau.
On peut choisir de séjourner en tant que volontaire pour un séjour de deux semaines minimum autour de ces différents projets. On peut aussi donner des cours de langue, de mathématique, d’informatique ou encore de gestion, dans des classes minuscules où les gamins avides de savoir s’entassent à 50, parfois davantage (on y arrive un dimanche et l’école est fermée, nous n’aurons pas la chance de pouvoir y assister).
Si le temps ne permet pas de vivre l’expérience du volontariat mais que l’on a quand même envie de dépenser ses deniers de manière éthique et responsable, on a la possibilité de séjourner en maison d’hôtes et de participer à des activités du village. Le rapport confort / prix est certes élevé pour le niveau des prestations proposées, comparé aux autres hébergements du coin, mais l’action est telle sur la vie du village que la question ne se pose même pas.
De manière générale, le tourisme constitue une part importante de l’activité économique de l’ONG, au-delà des séjours dans les familles. Un restaurant a été construit récemment pour accueillir les visiteurs de passage ou les bus des tour-operators qui programment l’excursion dans leur circuit, parfois agrémentée d’un spectacle de musique et de danse locale, par les enfants du village. En sus, quelques bibelots artisanaux fabriqués par les villageois à partir de noix de coco ou de bambou permettent de générer des petits revenus complémentaires.

 

On passe la nuit dans la maison d’une famille, dans une pièce unique partagée avec tous, où des draps tendus remplacent les murs, en dormant sur un matelas défoncé et sous une moustiquaire qui mériterait grandement d’être rapiécée. De plus, les maisons rurales cambodgiennes étant construites sur pilotis pour pouvoir abriter le bétail sous les planches, on a un peu l’impression de dormir dans une étable et le repos s’en trouve délicatement parfumé. Cerise sur la bouse de vache : le réveil en sursaut à 5h du mat’ par les beuglements du troupeau juste au-dessous de nos têtes.
Mais l’expérience est belle et forte. On partage une vraie tranche de vie, dans les champs et en cuisine avec la maîtresse de maison, avec les enfants qui répètent leur chorégraphie pour le spectacle ou lors d’une session de pêche au filet, où la formation dispensée s’avère tout sauf qualifiante pour moi. Vous apprécierez plus bas. A ma décharge, le filet qu’il faut balancer à l’eau version épaulé jeté pèse une bonne dizaine de kilos, plus encore quand il est mouillé !
C’est très chouette car chaque famille loge également les volontaires de l’ONG, qui restent avec les touristes durant leur séjour, assurant les traductions et facilitant les échanges parfois compliqués pour qui ne maîtrise pas le khmer.

 

 

 

Je conseille vraiment l’expérience si vous êtes de passage dans le coin. Au bout d’à peine 24h passées là-bas, nous avons fait tellement d’activités, rencontré tellement de belles personnes et nourri tellement de beaux échanges qu’on a l’impression d’avoir séjourné une semaine entière ! J’ajoute sur ma to-do list de vie d’y revenir un jour et de participer en tant que volontaire à un des projets de l’ONG.

Sur le chemin retour pour de l’île de Koh Paen, on s’arrête brièvement à Kompong Cham. Il n’y a vraiment rien de spécial à visiter, juste le plaisir de se balader dans un lieu pas du tout touristique, de découvrir la vie locale, les boutiques, le marché, de flâner sur les berges du fleuve aménagées en promenade et de s’arrêter boire un jus de fruit frais sur la chouette terrasse du Moon River Guesthouse.

S’en suit une dernière soirée chez Hélène et Max autour d’un grand tournoi de Burger Quiz, une dernière nuit en hamac avant de reprendre la route vers le Sud du pays pour la 2ème moitié du périple. En redescendant vers Phnom Penh, le bus fait une nouvelle fois escale à Skun. C’est avec une délectation presque vicieuse que j’observe de loin des touristes s’essayer pour la première fois à la tarentule frite. Ce coup-ci, je préfère m’abstenir. Il ne faut jamais abuser des bonnes choses…

La suite du parcours très prochainement !

 

Infos pratiques :

Phnom Penh
Hôtel Tattoo Guesthouse – 62, rue 125 (au Sud du marché Russe)
Pas très charmant mais bien placé, relativement propre et correct pour le prix.
Réservation sur booking, compter 10$ la nuit en chambre double avec salle de bain et clim.

Mama Restaurant – 9AEO, rue 111 (au Sud du marché Russe)
Une adresse « comme à la maison », où l’on déguste sur 4 minuscules tables en plastique une cuisine de grand-mère, avec entre autres un amok (spécialité khmère) excellent. Peut-être un peu cher pour un resto de cette catégorie.

Kompong Cham
Mekong Bamboo Hut – Koh Paen Island
Réservation : + 855 15 905 620  – mekongbamboohut@gmail.com
Un vrai bonheur et une étape incontournable en cas de passage dans le coin.
Compter 3$ par personne en hamac, salle d’eau et WC communs très propres. Repas complet pour 5$, boissons pas chères et ambiance qui vaut tout l’or du Cambodge !

Chiro – Organisation for Basic Training
A 6km au Nord de Kompong Cham, compter une petite 1/2h en vélo.
Réservation :  + 855 099 319 191 – obt.cambodia.booking@gmail.com
Plusieurs possibilités d’hébergement, chez l’habitant (10$ pour deux personnes) ou en bungalow individuel (20$ pour 2 à 4 personnes) et plusieurs activités (payantes) à réaliser avec les habitants : pêche, cours de cuisine, agro-tourisme, balade en char à bœufs…
Les tarifs sont clairs : on sait exactement quelle part va dans la caisse de l’ONG et quelle part est reversée à la famille.
Possibilité de candidater pour des programmes éducatifs courts ou sur des programmes humanitaires plus longs, avec hébergements dans les familles du village.

 

 

 

3 thoughts on “Le Cambodge sur les bords du Mékong”

  1. Toujours aussi passionnant de te lire, toutes affaires cessantes ! Une belle capacité à marier rêve, infos pratiques, relations humaines pour une joyeuse découverte du monde. Bises

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