La plupart du temps au Cambodge, les (lacunes d’) infrastructures routières font que pour se rendre d’une ville de province – ici : Kompong Cham – à une autre – ici : Kampot -, les bus transitent forcément par la capitale. Pas d’itinéraire bis, quelque soit le trajet.
On profite donc d’une escale de quelques heures à Phnom Penh, noyée sous des trombes de pluies, pour se balader dans le marché central, juste à côté de la gare routière. Si l’on dispose d’un peu de temps entre deux bus, c’est un arrêt qui vaut le détour. On peut y déguster une soupe brûlante pour une poignée de riels dans l’une des échoppes, se perdre avec plaisir dans les allées animées du marché alimentaire, faire mine d’hésiter devant les contrefaçons électroniques où l’on peut acheter pour trois fois rien un iPad ou des enceintes Bose plus vraies que natures, ou encore faire le plein de souvenirs cheap dans la section artisanat.

 

Le trajet jusqu’à Kampot est rallongé par la pluie et nous arrivons tard dans la soirée. La période étant chargée, on essaye depuis le bus de joindre par téléphone toutes les guesthouse du Routard. Le choix se porte sur le premier qui décroche. Ca tombe bien, on nous l’avait conseillé quelques jours plus tôt lors de notre étape à Kompong Cham.
Olly’s Place, un endroit qui nous a été décrit comme paradisiaque, avec 3 bungalows adorables éparpillés dans la verdure et un deck en bord d’une rivière, idéal pour admirer le coucher du soleil. Sauf qu’en arrivant après 3 jours de pluie, ça ne ressemble plus à rien. Les toits en paillage des bungalows retiennent difficilement les gouttes, à tel point qu’une bâche en plastique est tendue au-dessus du lit et que l’eau accumulée en son centre menace dangereusement de réveiller brutalement quiconque s’endormirait en dessous. Heureusement, il reste encore une chambre dans le bâtiment « en dur ». Tant pis pour le charme du bungalow, il vaut mieux dormir au sec.
Pour le reste, le lieu est en effet très chouette et le deck face à la rivière est juste parfait pour ma séance de yoga matinale.

 

 

La ville de Kampot est plutôt mignonne. Pas très grande, touristique juste ce qu’il faut sans que ça soit trop, elle abrite quelques expats qui gèrent des restos et des bars dans lesquels il est bien agréable de s’arrêter boire un cocktail. Pour les pauses déj plus locales, à tout moment de la journée, des petits bouis-bouis sont disséminés autour du marché central.
Sinon, même le Routard le dit : « en ville, rien de particulier à part les ronds-points kitchissimes et quelques maisons coloniales ». La preuve en image.

 

L’intérêt d’un séjour à Kampot réside surtout dans ses environs, qui promettent de jolies immersions dans la campagne cambodgienne. L’expédition est plutôt facile, en louant des vélos pour les plus courageux, en scooter pour les plus paresseux ou en tuk-tuk avec chauffeur pour les plus paresseux qui n’ont pas le sens de l’orientation. Ayant un peu d’amour propre, on s’auto-classe dans la 2ème catégorie, d’autant que je me plais souvent à dire que je suis l’exception qui confirme la règle que les femmes ne savent pas lire les cartes routières. C’est sans compter sur le plan illustré, récupéré à la guesthouse. Gros challenge de réussir à s’orienter à partir de cela !
On s’en sort pas trop mal, malgré quelques demi-tours dans des voies de garages boueuses et des gros moments de doute, avant de récupérer la route principale.

Voici deux boucles sympas, à programmer à la journée, avec retour à Kampot le soir :

  •  Visite de la campagne à moto et de La Plantation, une ferme poivrière biologique
    Attention : les chemins peuvent être détrempés et boueux, cet itinéraire est donc à réserver à des conducteurs expérimentés en deux roues. Sinon, privilégier l’option tuk-tuk pour être plus tranquille.
    La campagne est sublime, pleine de couleurs et de contrastes. On slalome entre les rizières, on traverse des minuscules villages composés de 3 ou 4 maisons en paille, où les enfants sont ravis de venir crier « Hellooooooo » dès qu’ils aperçoivent des touristes. Par moments, preuve de l’attrait touristique des environs, on croise des paillotes improbables perdues en rase campagne, où l’on peut s’arrêter boire un Mojito ou une eau de coco.
    On découvre « La Plantation » un peu par hasard, en suivant des panneaux de signalisation puisque le Routard de l’époque ne la répertoriait pas encore. C’est une belle surprise. Cette ferme biologique est un vrai projet social, employant à temps plein une centaine de cambodgien des environs. On y récolte le fameux poivre de Kampot, réputé dans le monde entier et labellisé Appellation d’Origine Protégée.
    L’écotourisme est également mis à l’honneur. Des guides locaux proposent des visitent gratuites en khmer, en anglais et même en français ! Pendant une heure, ils emmènent les visiteurs à la découverte de la plantation et de tous les secrets de cette savoureuse épice. On apprend plein de choses, comme par exemple que le poivre vert déshydraté est une ineptie, puisque ce dernier perd sa saveur et les propriétés de sa précieuse pipérine fraiche au bout de 72h. Donc à moins qu’il vienne d’être cueilli, exit les sauces que l’on aime tant pour accompagner sa chère entrecôte…
    On termine la visite par la boutique souvenir, où on peut acheter du poivre de toutes les couleurs, ainsi qu’une variété spéciale toute particulière : le poivre blanc digéré par les oiseaux et récolté dans leur fiente. Très raffiné et très apprécié des connaisseurs, c’est le plus cher de tous.

 

 

  • Aller-retour à Kep avec dégustation de crabes et visite des environs de cette ancienne petite station balnéaire
    A une petite 1/2h de Kampot en scooter, Kep – anciennement Kep-sur-Mer sous le protectorat français – est un village assez étrangement construit, très étiré, coincé sur le littoral entre une montagne imposante et la mer, dont les eaux troubles ne donnent pas envie de tremper un orteil. Je mets ça sur le dos des fortes pluies des jours précédents, puisque les guides touristiques parlent tous de plages et de baignade…
    L’intérêt de Kep, c’est la gastronomie, ou ses fameux crabes. Ici les pinces ne sont pas d’or, mais d’un bleu profond, et on accommode les crustacés avec le non moins célèbre le poivre vert (frais !) de Kampot. Le mariage des saveurs est au moins aussi beau que celui des couleurs, on s’en avale des kilos dans les petits restos en bord de mer ou directement au marché, sortis des nasses.
    Même combat que pour Kampot, ce n’est pas la ville en elle-même qui est chouette, mais les environs et les collines qui permettent de prendre de la hauteur.
    En continuant la route vers l’Ouest et en se perdant dans les petits chemins qui montent vers le Kep National Park, on tombe sur un temple qui semble laissé à l’abandon, envahi par la végétation version Tomb Raider. De là, on domine toute la campagne et on profite d’un panorama à 360° sur la baie et l’île vietnamienne de Phu Quoc.

 

 

Pour la dernière étape du séjour, on passe du Sac à Dos au PushUp en terminant sur l’île de Koh Rong Samloem, une petit bijou perdu dans le Golfe de Thaïlande.
On y accède en bateau, en partant de l’affreuse ville portuaire de Sihanoukville. Je vous conseille de fuir cette dernière comme la peste, elle, ses touristes russes silliconé(e)s et ses constructions de béton qui poussent partout comme des champignons asiatiques.
Plus calme que sa grande sœur Koh Rong tout court, qui elle est très appréciée des touristes en quête de teuf sur la plage et d’alcool bon marché, Koh Rong Samloem attire ceux qui cherchent à déconnecter. Ici, pas d’électricité en dehors de panneaux solaires, qui remplacent peu à peu les groupes électrogènes bruyants, pas de wifi dans la plupart des guesthouses… Bref, le paradis !
Plusieurs hôtels sont disséminés sur l’île, sur la plage principale, Saracen Bay, ou sur d’autres plages aux noms évocateurs : Sunset Beach, Lazy Beach… que l’on rejoint après une petite rando de 45min dans la jungle.

On met le cap sur Sunset Beach où, histoire de pousser la robinsonnade à son paroxysme, on passe deux nuits sous un tipi en bord de plage, dans les bien nommés Robinson Bungalow. Un peu en retrait de la plage, sont aménagées quelques grandes tentes équipées tout confort pour se la jouer hippy chic, version glamping. On est loin du matelas défoncé et des parfums d’étable de l’étape précédent à Chiro. Et ça fait du bien aussi. Quelques decks en bois intimistes pour 2 personnes sont dispersés dans la nature, pour se poser jouer aux cartes, prendre un verre, lire ou méditer face à la mer.

 

 

A l’autre bout de la plage de Sunset Beach, on découvre un autre endroit très sympa, idéal pour l’apéro avec des happy hours à des prix tout doux, l’hôtel Huba Huba Cambodia. Des messages cool et plein de bonnes ondes sont accrochés tout autour du bar, invitant à parler avec ses voisins et à profitez de l’instant. Mes préférés : « Ici, pas de wifi. Lâchez votre téléphone et sociabilisez » ou l’horloge qui n’indique aucune heure mais « On s’en fout de l’heure qu’il est, vous êtes en vacances ».

Pour décrocher un tampon de plus sur mon carnet de plongée, je réserve au club The Dive Shop, sur Sunset Beach. Comme les jours précédents ont été bien arrosés sur le continent, j’interroge le vendeur sur les conditions d’annulation, en cas de mauvais temps le lendemain. Le gars me répond « Pas de problème, ne vous inquiétez pas, le continent, c’est le continent. Ici on plonge toute l’année ! ». Bon. Je repars à moitié rassurée de cette réponse.
Le lendemain, sur le bateau, notre moniteur nous ré-explique les consignes de bases et nous répète plusieurs fois le comportement à tenir si l’on se perd. Je ne comprends pas trop pourquoi il insiste tellement là-dessus, d’autant plus qu’on est vraiment une toute petite palanquée de 3 personnes, c’est donc + facile pour rester groupé… Une fois dans l’eau, je saisis mieux son propos et le « on plonge toute l’année ». Comprendre « On plonge même quand les conditions sont dégueulasses ! ». La visibilité est de moins de 2m et pour moi qui n’en suis à ce moment-là qu’à une dizaine de plongée dans ma vie, je dois vraiment prendre sur moi pour ne pas paniquer. J’essaye de ne pas perdre de vue les palmes bleues fluo de mon mono, en me faisant quelques belles frayeurs sur le parcours. Même ma binôme qui est bien plus expérimentée que moi m’avouera par la suite que ces conditions étaient plutôt flippantes. J’ai une pensée émue pour les quelques touristes qui passaient leur baptême avec nous ce jour-là. Pour une première expérience, ça ne doit vraiment pas être fun.
Après un déjeuner sur le bateau, on se remet à l’eau pour une deuxième plongée, avec une meilleure visibilité, mais un courant si puissant qu’il nous oblige à palmer comme des malades et donc à consommer rapidement notre oxygène. Bof.
Néanmoins, sur ces deux immersions, on aperçoit quelques animaux rigolos et encore inconnus pour moi, comme des dizaines de nudibranches mutlicolores ou des sèches qui jouent à se camoufler dans le sable. Je suis surtout très contente d’avoir géré mes émotions pendant ces deux sessions plutôt techniques, chose dont je n’aurais pas été capable encore quelques plongées plus tôt.

Les deux derniers jours, on repasse de l’autre côté sur Saracen Bay, où on upgrade encore un peu le standing, dans un bungalow de l’hôtel Sweet Dreams Samloem. Point de vue confort et charme, c’est top. En revanche, cette plage qui accueille tous les bateaux (et les touristes qui ont la flemme de se faire la petite demi heure de rando dans la jungle) est vraiment bondée et beaucoup moins belle que ses copines, de l’autre côté de l’île. On passe donc la journée à lézarder sur Lazy Beach, en prenant ce nom au pied de la lettre et on ne retourne à l’hôtel que pour dormir.

 

Finalement, même en habitant sur une île paradisiaque, on peut avoir envie pour ses vacances de glander sur une autre île paradisiaque, en jouant à comparer les teintes bleutées de la mer, à mesurer la douceur des grains de sable ou à évaluer le bruit du vent dans les palmiers… C’est bien évidemment La Réunion qui gagne !
D’ailleurs, au moment de la retrouver et de rentrer à la maison, j’avoue que l’habituel blues du retour se trouve forcément amoindri avec la perspective d’une arrivée au soleil, plutôt que dans le froid hivernal.

Deux expériences à 3 ans d’écart confirment que le Cambodge est vraiment un pays coup de cœur. Ses 1000 facettes permettent autant de sortes de tourisme, des visites 100% nature à l’immersion culturelle, la détente cosy ou la découverte de ses habitants si accueillants et si généreux.
Il me restera encore beaucoup de coins à visiter là-bas. J’ai déjà hâte d’y revenir !

 

Infos pratiques :

Kampot
Olly’s Place – Tuek Chhu Road
Compter 8$ pour un bungalow et 12$ pour une chambre dans le bâtiment en dur. Salle de bain et WC en commun. Petit déj en supplément.
NB : En 2017, je ne trouve plus vraiment d’infos à jour sur internet, les dernières datent de 2016. Je ne sais donc pas si cette guesthouse existe encore…
Tél : +855 92 605 837

 

Koh Rong Samloem
Robinson Bungalow – Sunset Beach
Vraiment génial ! Compter environ 30$ par nuit pour une tente tipi équipée d’un matelas au sol et de table de chevet. Pas de clim, ni ventilo mais c’est supportable car la tente est bien aérée. Douches et sanitaires communs très propres. Petit déj en supplément.
Réservation : www.robinsonbungalows.com+855 88 454 68 72.

Sweet Dreams Samloem – Saracen Bay
Compter 70$ la nuit pour un bungalow vue mer avec ventilo et salle de bain / WC privés. Petit déj inclus (mais pas très bon !).
Globalement, les bungalows sont très beaux, les photos donnent envie, mais l’emplacement n’est vraiment pas génial. Mieux vaut séjourner de l’autre côté de l’île sur Sunset Beach ou Lazy Beach.
Réservation : www.sweetdreamssamloem.com+855 70 467 257

The Dive Shop Cambodia – Petite hutte sur Saracen Bay et centre principal sur Sunset Beach
Compter 80$ pour deux plongées, déjeuner inclus. Le matériel est récent, les moniteurs sont rassurants et compétents. Mais penser à vérifier les conditions météo et éviter les plongées en lendemain de grosses pluies.
Réservation : www.diveshopcambodia.com – +855 34 933 664

 

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