Dans quelques jours, nous fêterons le solstice d’été, bien connu de tous, marquant l’acmé d’un cycle de lumière commencé il y a un mois et demi avec la fête païenne de Beltaine, moins célèbre.

On connaît tous le 1er mai. C’est la fête du travail, jour férié et chômé, on s’offre du muguet, le printemps est bien entamé et à moins que les Saints de Glace ne viennent tout foutre en l’air, on est bien parti pour la saison estivale.
On connait moins son origine celtique, la fête de Beltaine, qui marque la sortie de la saison sombre et l’entrée dans la saison claire. Youpi !
Pour ce long WE du 1er mai, nous avons donc décidé avec mon amoureux de nous mettre au vert. Cap à l’ouest pour une escapade en pays celte autour des contes et légendes de la forêt de Brocéliande.

Notre premier stop se fait à Saint-Just, à une cinquantaine de kilomètres de la forêt enchantée. Nous avons loué un gîte en plein milieu des champs, il n’y a rien à faire à des kilomètres à la ronde et c’est tant mieux : l’objectif, c’est de se la jouer Robinson des temps modernes. Enfin pas si modernes que ça d’ailleurs, puisque l’hébergement que je nous ai dégoté n’est relié ni à l’électricité, ni à l’eau courante. Il s’agit d’une adorable petite cabane en bois, à l’intérieur de laquelle on s’éclaire à la bougie et on se chauffe à l’aide d’un petit poêle à bois (qui donnera à nos vêtements et cheveux une délicate odeur de fumé pour les jours à venir…). Une gazinière à bombonne permet de se faire notre popote comme à la maison. Une grande réserve d’eau est installée juste à côté de la maisonnette, on se sert pour cuisiner, pour la vaisselle et pour la douche à pression de camping installée dans une salle d’eau avec vue sur le petit étang attenant. Un petit cabanon accueille des toilettes sèches, qui nous impressionnent par leur absence d’odeur. Et pour la nuit, un petit pot de chambre est là pour dépanner.



Le matin, on se fait réveiller par le champ des oiseaux et on prend notre petit déj’ sur l’étang, en laissant dériver la petite barque mise à disposition. Trop romantique !!



Isabelle, la propriétaire, est pleine de petites attentions, comme cette bouteille de jus de pomme maison de son verger, offerte en cadeau de bienvenue.
Un lieu idéal hors du temps pour se détendre, lire, jouer, renouer, se faire des câlins, discuter… J’ai / on a adoré !

Aux alentours, on se balade à travers la lande sur des sentiers qui nous font remonter le temps. Genre beaucoup, beaucoup de temps. Jusqu’à la période du néolithique, de 2 000 à 6 000 ans en arrière.
Une promenade d’une dizaine de kilomètres nous emmène à la découverte d’un ensemble de sites mégalithiques incroyables. Des menhirs de plusieurs mètres de haut, des dolmens, des allées couvertes… Les légendes vont bon train autour de ces installations, comme ces deux menhirs de trois mètres des « demoiselles de Cojoux », qui seraient les vestiges de deux jeunes filles changées en pierre pour avoir dansé dans la lande un dimanche au lieu d’aller à la messe. Ou comment le christianisme récupère les rites anciens pour faire marcher droit ses brebis… 
D’autres sites auraient été dédiés à l’étude des astres, à des cultes de la lune et du soleil, à des scènes de la vie sociale ou à des rites funéraires. Mais comme la plupart des hypothèses sont tout simplement invérifiables aujourd’hui, certains archéologues parient sur le fait que l’emplacement et l’orientation des alignements de menhirs étaient tout simplement déterminés par les contraintes topographiques… Cette théorie manquant cruellement de sens et de poésie à mon goût, je choisis de ne pas y souscrire !

Le chemin arpente une épaisse forêt, tourne autour d’un lac puis nous fait escalader des roches escarpées pour prendre de la hauteur sur notre itinéraire. Les paysages taillés à la serpe des landes battues par les vents sont époustouflants, donnant une dimension majestueuse et théâtrale à notre randonnée. Les prairies fleuries succèdent à des sols plus minéraux, mouchetés du jaune et du violet des ajoncs, genêts et bruyères.
Arrivés à Saint-Just, on sirote une bière bien méritée à la terrasse du seul café ouvert dans le village, sur la place de l’église. Puis on repart dans l’autre sens pour retrouver notre petite cabane et diner, à la lueur des bougies.

Après 2 jours et 2 nuits dans ce havre de paix, nos esprits se sont assez purifiés : nous sommes prêts à rencontrer les fées. Au réveil, nous mettons le cap sur la forêt enchantée.

Minute « terre à terre » avant d’entrer dans la magie : il faut savoir que Brocéliande n’existe pas réellement. Il s’agit d’un ensemble de forêt domaniale publique et de massifs privés couvrant une surface de 13 000 hectares, à cheval sur deux départements bretons. Des écrits de Wace ou de Chrétien de Troyes, les pères de la légende du Roi Arthur et des chevaliers de la table ronde, font le lien entre la forêt réelle, connue aujourd’hui sous le nom de forêt de Paimpont, et l’imaginaire, à travers certains lieux-dits. Le filon touristique s’est bien développé et on s’en réjouit : les sentiers de rando sont impeccables, très bien balisés et l’offre d’activités est super bien structurée.

Notre première halte se fait au village de Tréhorenteuc, que l’on n’arrivera jamais à prononcer correctement de tout le séjour… Pour se mettre dans l’ambiance, on a réservé une balade contée auprès de l’office de tourisme. La visite commence dans l’Eglise du Graal. Un nom peu orthodoxe, comme tous les symboles païens ou ésotériques que l’on retrouve à l’intérieur. C’est ainsi que l’abbé Gillard, qui réalisa les travaux de restauration de l’église, réussit à intéresser les habitants du village à la foi chrétienne, en la mêlant à la culture celte et à la légende arthurienne. A l’entrée de l’église, on retiendra cette inscription gravée : « la porte est en dedans », invitant au voyage intérieur.

Notre guide nous emmène ensuite dans le Val sans Retour, où la fée Morgane retient prisonniers pour toujours les cœurs infidèles. L’amour est sauf : on arrivera à en ressortir ! Tour à tour, on découvre des sites aux noms évocateurs : l’arbre d’or, le miroir aux fées – un grand lac où l’on imagine sans peine les fées venir se mirer, le rocher des faux amants… Mille fables entourent ces lieux et c’est une bien chouette idée de se les faire raconter. Il faudrait sinon un grand pouvoir de représentation et d’imagination pour faire vivre dans notre tête ces jolis cailloux.



L’office de tourisme propose à la vente un petit guide des balades à faire, assorties du folklore de chaque lieu. Indispensable pour profiter de son séjour et repartir avec un vrai sentiment de féérie. Il nous sera très utile pour nos balades suivantes, pour découvrir la maison de la fée Viviane, le tombeau de Merlin ou la fontaine de Barenthon, où l’enchanteur et sa belle venaient se rencontrer. On peut d’ailleurs y tester la durabilité de son couple en jetant une aiguille de pin dans la fontaine. Si l’aiguille flotte, l’amour durera. Par contre, si l’aiguille coule, autant économiser son temps…

Essentiellement constituée d’arbres feuillus, la forêt de Brocéliande est très lumineuse et très verte. Avec les belles lueurs du soleil printanier, on se croirait dans la cité d’émeraude du magicien d’Oz. Beltaine est bel et bien arrivée ! Bon, on ne rechignerait pas contre quelques degrés de plus, mais le corolaire, c’est que comme nous sommes en début de saison, nous avons la chance d’avoir les sentiers de rando pour nous tout seuls et nous ne croisons presque personne.
Outre les pierres, les arbres aussi sont porteurs d’histoires. C’est le cas du chêne à Guillotin, doyen de la forêt. Ce géant vieux de près de 1 000 ans et d’une circonférence de près de 10 mètres aurait recueilli dans son tronc creux l’abbé Guillotin, poursuivi par des soldats républicains pendant la période de la Terreur. Pour le protéger, Notre Dame de Paimpont tissa une toile d’araignée qui boucha l’orifice. Cet arbre monumental dégage une énergie incroyablement protectrice. Même chéri-doudou, de caractère plutôt cartésien, finit par lui faire un câlin.  C’est décidé, quand on rentre à Paris, on s’inscrit à un atelier de sylvothérapie !

Le soir, nous retournons à Tréhorenteuc (sans pour autant réussir à le prononcer) à la Maison des Sources, pour une veillée contée autour des légendes de Beltaine. Ozegan, un authentique barde plus vrai que nature, nous emmène pendant près de 3 heures dans son univers de contes celtiques, arthuriens ou d’autres cultures, qu’il a échangés lors de voyages avec des conteurs du monde entier. Un pur moment de bonheur et de rêve au coin du feu, où on se laisse transporter par sa voix et ses instruments oubliés qu’il manie avec beaucoup de grâce.


Pour l’hébergement, on monte en gamme et on s’offre carrément l’électricité et l’eau courante. Mais comme on ne se refait pas, on choisit de rester quand même un peu roots et près de la nature. On jette notre dévolu sur une petite roulotte trop mignonne au beau milieu des champs. Et cette fois-ci, c’est du bon cidre de Bretagne que nous offrent les propriétaires, dont j’apprends durant nos conversations qu’ils ont vécu 10 ans à Colmar, ma ville natale ! Les voies du Roi Arthur sont impénétrables.


Le dernier jour, on file à Paimpont, au nom plus prononçable et à la sonorité qui nous aura bien fait rigoler, au cœur de la forêt de Brocéliande, pour y expérimenter la Porte des Secrets, une attraction dont on nous a vanté les mérites. Ce parcours d’interprétation immersif propose un aperçu global des légendes de la forêt. Plutôt intéressant, pédagogique et assez bien construit, il est à faire de préférence comme mise en bouche, en début de séjour, pour déterminer quel site on choisira d’approfondir et aller découvrir en vrai.
Le village de Paimpont est tout petit, on en fait rapidement le tour à pied, en s’amusant du nom des rues : Rue de la Fée Viviane, Rue des Chevaliers de la Table Ronde ou Rue de l’Enchanteur Merlin. Bref, la magie est partout !

Après un déjeuner dans une crêperie sur les bords du lac, il est temps de retourner à Paris après cette belle escapade revigorante pour le corps, le cœur et l’esprit !

Infos pratiques :

HÉBERGEMENTS
La Cabane du Pêcheur – Saint Just
Un vrai coup de cœur pour cette cabane en bois romantique à souhait. Lit en mezzanine mais possibilité d’un clic-clac au rez-de-chaussée pour ceux que la petite échelle effraie. Attention, pas d’électricité, ni d’eau courante, mais quand on le sait et qu’on accepte de jouer le jeu, le dépaysement est assuré et le confort est tout à fait au rendez-vous.
85€ par nuit, sans petit déj.
Réservation sur Air Bnb : Cabane du Pêcheur

La Roulotte des Gadjos – Réminiac
Coup de cœur bis ! Une petite roulotte tout confort, version petit studio sur pilotis en plein milieu des champs. De quoi cuisiner sur place, frigo, gazinière, ustensiles. Mention spéciale à la déco de couleurs vives et au lit en alcôve, adorable.
60€ par nuit, sans petit déj.
Réservation : www.gitesdelahulotte.fr

ACTIVITÉS
Office de Tourisme de Tréhorenteuc
Organise de nombreuses activités, dont les balades contées. Elles sont animées par le personnel de l’office de tourisme et non par de vrais conteurs mais c’est déjà très bien pour découvrir l’atmosphère magique des lieux.
Balade contée de 3h : 12€ par personne.
Information et réservations : www.tourisme-broceliande.bzh

Maison des Sources – Tréhorenteuc
Ce petit restaurant du village propose un calendrier d’animations avec des artistes locaux. Conteurs, musiciens et bardes rythment le calendrier avec des après-midi ou soirées thématiques.
19€ par personne pour la soirée avec le conteur Ozegan et un diner buffet
Informations et réservation sur la page Facebook de la Maison des Sources

RESTO
Maison des Sources – Tréhorenteuc
En dehors des animations, la Maison des Sources propose une cuisine végétarienne 100% maison généreuse et gourmande, comme cette quiche champignons et noisettes qui fera saliver encore longtemps mes papilles.
Compter environ 15€ par personne pour plat et dessert.
Maison des Sources – 13 rue de Brocéliande à Tréhorenteuc – Tél : 02 97 93 08 73

1 thought on “Fêtons Beltaine à Brocéliande !”

  1. Voyager pour nourrir l’imaginaire… Inutile de partir bien loin ! La preuve avec cette escapade : mais une seule condition ! Choisir un guide dont la sensibilité permet d’entrevoir ces secrets millénaires invisibles aux yeux des « touristes ». Merci à vous deux pour avoir partagé un fragment de cette aventure humaine incrustée au cœur des légendes.

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