La visite des îles de la lagune de Venise constitue une escapade au cœur de notre escapade. Ce grand bassin de 550 km² abrite près de 120 îlots, dont la plupart sont déserts. Chaque île avait sa fonction dans la cité, attribuée selon la corporation.
Nous n’avons bien sûr pas le temps de toutes les visiter cette fois-ci. Nous concentrons donc nos efforts sur 3 îles au Nord de Venise. Cette excursion se fait très facilement sur une journée et en autonomie, sans passer par les rabatteurs de tours organisés.

  • San Michele

A proximité immédiate de Venise, on la distingue très bien depuis les quais Nord de la ville. On pourra bientôt y accéder par un pont, dont nous avons observé la construction en cours. Mais pour le moment, c’est encore en bateau qu’on s’y rend.
D’abord un lieu d’ancrage des bateaux, puis un monastère, puis une prison, l’île de San Michele devint le cimetière officiel de la cité au XIXème siècle quand, pour des raisons sanitaires, il fut interdit d’inhumer ses défunts dans le centre historique.
Cet Avalon vénitien est un des rares endroits au monde où les morts arrivent en bateaux. On croisera d’ailleurs plus tard dans la journée un bateau-corbillard transportant un cercueil. On se figure qu’il s’agissait là d’une personne issue d’une famille aisée, car étant donné la toute petite superficie de la bien nommée « île des morts », seuls les plus fortunés peuvent aujourd’hui payer le droit d’y être enterrés.
Sur place, la nécropole est partagée en plusieurs espaces, divisés en fonction de la religion du défunt : catholique, orthodoxe ou évangélique. Le cimetière juif se trouve plus au Sud, sur l’île du Lido. Encore une fois, superficie oblige, on trouve davantage de columbarium (sorte de collectif de sépultures hors sol version silo) que de tombes individuelles.
Quelques belles stèles anciennes néanmoins, pour une ambiance Thriller. On retiendra celle du Comte de Chambord et son étonnante épitaphe, inscrivant à la postérité que faute de pouvoir léguer à son fils une grande fortune, il lui a transmis l’amour de la foi et le sens de la miséricorde pour assurer son salut (sic). Connaissant le célèbre château du même nom, on imagine que le fiston n’a cependant pas dû être trop miséreux.
Avant de reprendre le vaporetto, une visite de l’église San Michele in Isola et son joli petit cloître vaut le coup d’œil.

  • Murano

Seules quelques minutes de bateau nous séparent de Murano. Nous débarquons sous un délicieux crachin et une fin d’acqua alta. Mes bottes en caoutchouc remportent définitivement l’award du meilleur investissement du séjour.
Si la renommée mondiale de Murano pour ses créations verrières n’est plus à faire, l’île en elle-même est toute mignonne et pourrait être qualifiée de « Venise miniature ». Elle aussi a droit à son Grand Canal, qui la divise en deux parties, reliées par un seul pont.

L’industrie du verre, initialement installée à Venise, fut implantée ici pour deux raisons. Officiellement, parce que les fours brûlants des maîtres-verriers provoquaient régulièrement des incendies dans la Sérénissime. Mais aussi, plus officieusement, pour éviter l’espionnage industriel. En effet, ainsi isolés, les artisans préservaient mieux leurs secrets de fabrication.
Aujourd’hui, les verreries persistantes perpétuent ce savoir-faire en conservant jalousement leurs recettes, souvent encore transmises de père en fils. Le style classique est toujours majoritairement de rigueur, même si l’industrie a su faire évoluer sa créativité, en collaborant notamment avec des designers et artistes contemporains.
Dans les rues, les boutiques se succèdent. En revanche, peu d’ateliers ouvrent leurs portes, encore moins gratuitement. Peut-être est-ce plus facile en saison touristique, mais là, nous peinons à trouver une démonstration. On parviendra quand même à dénicher une échoppe qui, pour 2€ par tête, accepte de nous laisser regarder son maître verrier à l’œuvre. Ce dernier enchaine les productions avec une facilité déconcertante. C’est vraiment hypnotisant de le regarder prélever cette lumineuse matière dans son four, ajouter des oxydes métalliques pour colorer la pâte incandescente, la travailler comme du chewing-gum… Et hop, au bout de quelques secondes, il dépose devant nos yeux ébahis un petit sujet en verre. Bonus de la visite, on regagne quelques degrés près du fourneau pour décongeler nos pieds.
Les photos sont normalement interdites, je resquille le plus discrètement possible mais le résultat ne sera pas aussi beau que ce qu’on aura vu sur place.

Autre star de Murano, à ne manquer sous aucun prétexte : la basilique Santi Maria e Donato. Fondée au VIIème siècle, cette très ancienne église est la doyenne de l’île. A l’intérieur, son sol pavé de mosaïques de toutes les couleurs est exceptionnel et rivalise sans problème avec celui de la Basilique Saint Marc de Venise. Curiosité étonnante : outre des formes géométriques, il dessine également des représentations animalières complètement païennes.
En sortant, sur la gauche, l’impressionnant clocher détaché de l’église est lui aussi remarquable.

Pour le déjeuner, on jette notre dévolu sur une cantine locale pur jus, remplie d’ouvriers italiens qui viennent y déguster pendant leur pause des plats cuisinés (et présentés !) comme chez mémé, pour vraiment pas cher. Le serveur est aux petits soins et nous offre même une salade de fèves typique pour nous faire goûter.

  • Burano

Le 40 minutes de bateau jusqu’à Burano sont parfaites pour notre sieste postprandiale.
Quelle belle découverte que cette île ! Je trouve qu’elle mérite beaucoup plus le détour que Murano, pourtant plus célèbre. C’est minuscule et on en fait le tour en une petite heure, en prenant son temps, mais l’enfilade de maisons colorées est vraiment incontournable. Ces belles couleurs joyeuses se reflètent dans les canaux et ravivent le temps maussade.
La légende locale raconte que dans cet ancien port de pêche, les femmes peignaient leur façade de ces teintes vives pour que leur marin de mari retrouve plus facilement la sienne. C’est charmant… quoiqu’un peu galvaudé ! J’ai déjà entendu mot pour mot la même histoire dans nombre de villes côtières du monde entier. Bon, certes, c’est plus vendeur que la légende du conseil municipal qui vote un gros budget peinture chaque année, pour entretenir le tourisme.
Mauvaise langue et cynisme mis à part, même en dehors du cœur historique, les quartiers plus résidentiels sont également multicolores. Tout le monde joue le jeu et ça, c’est vraiment très chouette. 

La spécialité locale est la dentelle et les boutiques en proposent sous toutes ses formes, à des prix écrasants. Le luxe, ça se mérite ! Il faut dire que les produits sont de très grande qualité. Burano possède même son propre point, encore maîtrisé par quelques rares dentellières de l’île. A ses grandes heures, la finesse de cette dentelle était réputée dans toute l’Europe.
L’autre spécialité, plus gourmande, est le essi, un biscuit en forme de S, qu’on teste dans une pâtisserie locale, accompagné d’un chocolat chaud incroyablement onctueux pour faire trempette. On s’improvise un mange-debout sur le rebord d’une fenêtre à côté du canal pour déguster notre goûter.

A l’issue de cette belle journée, nous reprenons le bateau pour rejoindre la cité des Doges en moins d’une heure, pour la suite de notre escapade (article complet sur Venise ici).

Infos pratiques :

TRANSPORT
Les vaporetto relient toutes les îles très facilement. 1 trajet toutes les 30 minutes. Penser à vérifier l’horaire du prochain départ pour calibrer son temps sur chaque île.
Particulièrement pour cette excursion, prendre un pass journalier, plus économique que les trajets simples (7,50€ pour un billet unique contre 20€ pour un pass 24h ou 40€ pour 72h). A acheter directement aux guichets.

RESTO / GOÛTER
Ai Bisatei – 6 Campo San Bernardo, Murano
Voilà un endroit qui ne paye vraiment pas de mine ! Quartier très peu touristique, aucune enseigne à l’extérieur, une liste de plat vraiment très simple. Et pourtant, super découverte pour des amateurs de vraies pasta della Mamma ! Compter 7€ le plat de pâtes avec une délicieuse sauce tomate maison.

Panificio Pasticceria Palmisano – 560 via Baldassarre Galuppi, Burano
Une immense variété de biscuits secs italiens, des cannoli, des cantuccini, des biscotti al limone… et bien sûr, les fameux essi à toutes les saveurs possibles.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *