J’ai entendu beaucoup de choses sur Mahabalipuram. Les avis formulés par les voyageurs que j’ai croisés étaient toujours tranchés : très élogieux ou très négatifs. Pas de demi-mesure avec cette petite station balnéaire éminemment touristique.
J’ai donc décidé d’aller m’y faire ma propre opinion. Et puis ça représentait une fin de séjour plutôt pratique, à 50 km de la tentaculaire ville de Chennai, où je n’avais aucune envie de passer, à part pour reprendre mon avion retour.

Également connue sous le nom de Mamallapuram, histoire de nous faciliter la vie, Mahabalipuram accueille énormément de touristes, des étrangers du monde entier comme de la nouvelle classe moyenne indienne. Autour du 15 Août, soit à la période où j’y arrive, la fréquentation est décuplée : on est en pleine fête nationale indienne, couplée à l’anniversaire de Krishna, dont les festivités durent une semaine. Le résultat, c’est une ville complètement envahie et des hôtels surbookés.
On me conseille de réserver mon hébergement et même en m’y prenant à l’avance, j’ai du mal à dénicher une chambre libre à prix correct. Je booke à la Guesthouse Vinodhara, qui n’a rien de charmant, que ce soit au niveau des chambres ou dans les parties communes, mais c’est bien situé et ça fera le job pour les 3 dernières nuits de mon voyage.

Encore inconnue des tour-opérateurs il y a une vingtaine d’années, Mahabalipuram est aujourd’hui avec Pondicherry la ville la plus occidentalisée du Tamil Nadu. On est bien loin du petit coin de paradis découvert par les Beatles dans les années 70, lors de leur séjour en Inde…
Et de même qu’à Pondicherry, mes ressentis ici sont mitigés. J’y ai clairement passé de très bons moments, mais davantage dus aux rencontres de touristes frenchies très sympas que pour l’authenticité du lieu.

Je retrouve ici deux nanas hyper cool, rencontrées virtuellement sur le groupe Facebook Voyager au féminin en sac à dos. Comme tout site de rencontres, ça permet de filtrer les intérêts communs et de passer la première étape de « Salut, ça te dit de discuter avec moi ? ». Pratique. Ce qui ne nous empêchera pas une fois rencardées de rencontrer d’autres personnes dans la vraie vie ! Mais quel que soit le mode de rencontre, mes échanges lors de ces derniers jours en Inde sont essentiellement franco-orientés.
Pour me donner bonne conscience (si tant est que j’en aie besoin !), je me dis que visiblement, on ne vient pas à Mahabalipuram pour trouver ce bouillon de culture indienne que j’affectionne tant. Et on s’en rend compte dès la première balade… Les magasins de souvenirs se succèdent, proposant tout aussi bien de l’artisanat local du sud de l’Inde que des bols tibétains (on est à un peu moins de 2.500 km de Lhassa), des pulls en laine népalais (par 50°C, c’est utile) ou tout un tas de bricoles made in China, vendues dans les boutiques à touristes du monde entier.
Côté activité, c’est du même acabit et on n’est pas franchement dans du 100% routard, entre les apéros occidentaux, les pauses glace dans un salon de thé sur-climatisé ou les moments de détente à lézarder au bord de la piscine d’un grand hôtel de luxe, dont on peut profiter pendant 4h moyennant le prix de la chambre de notre guesthouse…

On se cale quand même quelques visites, histoire de donner une petite dimension culturelle à notre programme.
D’autant que côté patrimoine, il y a de quoi faire. Historiquement, nous sommes ici dans la ville des sculpteurs. On m’avait d’ailleurs conseillé d’aller faire une promenade dans le dédale des ruelles du quartier des tailleurs du pierre, bercée par les « tic tic tic » des marteaux et des burins… Bon, de nos jours, la bande son diffuse plutôt des doux « bzzzzzzzz » de scies électriques, mais les pièces sont néanmoins très jolies (et expédiées dans le monde entier, et payables en plusieurs fois sans frais !).

 

Au delà de ce petit pâté de maison, la ville abrite plusieurs sites archéologiques et temples remarquables célèbres dans toute l’Inde pour leur ancienneté et la technique des sculptures.
Les principaux d’entre eux se trouvent sur la colline de Mahabalipuram. Ce grand parc situé en plein milieu de la ville constitue une balade bien agréable, où nous sommes accompagnés par les petits singes les plus moches que j’ai jamais vus… Avec l’affluence touristique et l’opulence qui en découle, les poubelles du parc débordent et ces petits macaques se la jouent rats des villes, pour finir avec un ventre tout grassouillet qui frôle le sol quand ils se déplacent !

 

A l’entrée Est du parc, on peut admirer la « Descente du Gange », une fresque sculptée gigantesque de près de 30m de long, racontant l’histoire de la création du fleuve sacré et de son arrivée sur Terre depuis les cieux. La légende raconte qu’il fut canalisé en utilisant la chevelure de Shiva comme barrage, pour ne pas tout détruire sur son passage tant il était impétueux…
Le reste du parc abrite des temples troglodytes et de nombreux monuments monolithiques excavés. Pour celles et ceux qui n’auraient pas fait archéologie en première langue, comprendre « Tu prends un rocher géant et tu l’évides comme de la pâte à modeler avec tes petits outils archaïques datant du 6ème siècle, afin d’obtenir un temple en une seule pièce ». Tadaaaam !
Éparpillés dans le parc, ces chefs-d’œuvres sont tous plus dingues les uns que les autres et j’ai bien du mal à me figurer comment ces énormes blocs ont pu ainsi être creusés avec des moyens de l’époque.
Des petits sentiers taillés dans la roche donnent l’occasion de prendre de la hauteur et d’atteindre les sites cachés. Du haut des collines, c’est toute la campagne tamoule qui s’offre à nous. On est aux premières loges pour admirer l’orage de malade qui se prépare et qui nous arrive dessus. Il est temps d’aller se mettre à l’abri pour l’apéro…

 

Ce dernier se prolongera si tard dans la soirée que l’on sera obligé de repousser à une date ultérieure notre initial programme du lendemain matin : un réveil aux aurores pour aller admirer le soleil se lever sur le golfe du Bengale. L’occasion de découvrir un autre site majeur de la ville, le bien nommé Temple du Rivage. Le gros coup de gueule de ce temple (qui s’applique à tous les endroits de cette ville, mais là c’est trop), c’est son prix. Je comprends parfaitement que dans les pays en voie de développement, lorsque l’écart est trop grand entre les revenus des touristes et ceux des autochtones, le prix d’entrée des sites touristiques puisse être majoré pour les étrangers. Mais pour ce temple-là, on est sur un ratio de 1 pour 50, avec un prix d’entrée pour les étrangers de 500 roupies, soit quasiment le prix de ma chambre d’hôtel pour découvrir un édifice en pierre vraiment riquiqui…
En bons touristes français râleurs et pas d’accord de banquer, on décide de contourner par la plage et on arrive à s’offrir une jolie vue sur le temple. Certes, à cette distance, on ne peut pas apprécier la minutie des sculptures à leur juste valeur mais tant pis, ça ira bien comme ça.
Caché derrière d’épais nuages, on ne verra jamais vraiment le soleil se lever ce matin-là… En guise de compensation, les lueurs roses qui embrasent le ciel pendant quelques minutes nous consolent un peu de notre réveil piquant de 5h du mat’.

 

Malgré l’heure bien matinale, nous sommes loin d’être seuls sur la plage. Des dizaines et des dizaines de touristes indiens sont déjà au rendez-vous. Il faut dire que pendant ce long week end de célébrations, la plage se transforme en fête foraine et plein d’activités y sont proposées.
On commence notre journée par une session de tir à la carabine. A 6h du matin et avant même d’avoir pris son petit déj, le moins que l’on puisse dire, c’est que ça réveille ! Aussi doués que Lucky Luke, nous explosons tous les ballons mais ici, point d’ours en peluche géant à la clé : on joue pour le fun. Et pour le coup, on gagne le gros lot car la scène est tellement incongrue qu’on rigole énormément.

 

Les manèges installés sur le sable nous interloquent : du 100% fait main à mi-chemin entre le low cost et le freak show… Imaginez-vous des tourniquets, fabriqués à l’arrache avec des petites voitures en plastiques pour enfants ou des chevaux à bascule, le tout fixé sur un disque en bois lui-même mis en rotation par un vieux moteur de tracteur. Question sécurité, on est bien loin des normes européennes, mais ça fait le plein et les plus téméraires qui s’y risquent ont l’air de bien s’amuser. On jure devant tous les dieux qu’au grand jamais on ne monterait sur un truc pareil et finalement, le soir venu, on se laisse tenter pour une expérience finalement assez drôle (qui se serait néanmoins sans doute transformée en catastrophe stomacale, si elle avait duré 2 minutes de plus !)

 

 

3 jours sont à mon sens plus que suffisants pour profiter de Mahabalipuram. Même si j’ai bien apprécié ce stop pour les raisons évoquées plus haut, je ne conseillerais pas forcément d’y faire étape, mais de privilégier des villes plus roots, qui ont définitivement ma préférence.
Cette fin de séjour en Inde, bien que très chouette, était résolument davantage PushUp que Sac à Dos !

 

Infos pratiques :

RESTOS ET GOURMANDISES
Les restos et bars de Mahabalipuram sont situés dans un mouchoir de poche, dans le quartier de Fisherman Colony, composé des minuscules rues Othavadai Street et Othavadai Cross Street, qui comme son nom l’indique, croise la précédente. Quelques restos également sur la plage.

  • Bob Marley Cafe and Beach House – Sur la plage, au bout de Othavadai Street, prendre à gauche face à la mer.
    Directement sur la plage, avec une vue imprenable sur l’océan, ce café-resto-bar fonctionne aussi bien pour les petit déj avec des formules à base de crêpes ou d’œufs brouillés particulièrement huileux, que pour le soir avec des cocktails à l’alcool résolument frelaté. A retenir plus pour l’ambiance cool, les good vibes et la vue sur la mer que pour la haute gastronomie !
  • Restaurant Le Yogi – Othavadai Street
    Tenu par un couple franco-indien, ce bon resto touristique propose des poissons et divers coquillages et crustacés cuisinés à la sauce indienne. Les prix sont un peu élevés mais le cadre est aussi chaleureux que sympa, assis sur des gros coussins au sol, version palais de Maharaja.
  • Silver Moon Guesthouse – 5, Othavadai Street
    Juste à côté de mon hôtel, une guesthouse qui a l’air plus sympa (mais qui du coup, affichait complet) propose des petits déj et une petite restauration toute la journée hyper originale et chaleureuse : des crèpes salées ou sucrées à se damner, des Latte Machiato avec une quantité de mousse de lait juste indécente ou des cocktails de fruits aux noms évocateurs, qui en disent long sur les habitudes des touristes de Mahabalipuram (Liver Detox, Hangover BFF, Ultra Boost, …). Un peu cher pour l’Inde mais vraiment sympa, avec des serveurs internationaux qui sont plein de bons renseignements sur le coin.
  • Glacier Gelato Factory – Othavadai Street
    Sous un soleil de … y’a quoi de plus lourd que le plomb ?!? Bref, sous une chaleur écrabouillante, une devanture nous fait de l’œil, à mes copines voyageuses et moi. Un artisan glacier italien qui propose des parfums exotiques à tomber. J’avais déjà repéré la chaine à Pondicherry mais je n’avais pas testé. Là, on ne songe même pas à résister à la tentation… On déguste nos coupes dans une salle tellement climatisée qu’on finit par regretter les 50°C extérieurs. On est clairement sur des prix européens mais comme il s’agit d’un glacier italien, on va dire qu’on est quitte, non ?
  • Mamalla Bhavan – South Mada Street
    Une vraie institution, bon plan refilé par mon frangin, où la cuisine était déjà exquise il y a 20 ans. Fréquentée par les indiens bien plus que par les touristes, on y mange d’excellents massala dosa et de succulents thali pour une bouchée de riz.
  • Sri Ananda Bhavan – Croisement de Othavadai Street et d’East Raja Street
    Très bon resto végétarien qui propose de la cuisine du Nord de l’Inde, si l’envie de changer de celle du Sud se fait sentir. Tellement réputé qu’on a même croisé une vache essayant d’y entrer… Très bon marché.

 

HEBERGEMENTS
Vinodhara Guesthouse – Othavadai Street
800 rupees pour une chambre double sans clim. Petit déj en supplément pour 200 rupees. Comme expliqué au début de cet article, ce n’est pas le plus bel hôtel qui soit. Certaines chambres ont été rénovées récemment et ont un peu plus de charme que les autres, qui sont franchement tristounettes. Côté hygiène, rien à redire, c’est très propre. Le personnel est sympa, sans plus. Les petits déj sont sympa, sans plus. Préférer le Silver Moon juste à côté.
vinodharaguesthouse.weebly.com

ACTIVITÉS
Pause piscine à l’hôtel Ideal Beach Resort – East Coast Road
En cas de journée trop bouillante, cet hôtel un peu à l’écart de la ville propose de profiter de son immense piscine pour 400 roupies. Bon plan car c’est bien le seul à offrir cette possibilité : j’ai demandé à tous les hôtels situés en centre-ville et je me suis faite envoyer bouler partout !
A privilégier, plutôt que la baignade en mer qui peut s’avérer très dangereuse en raison de courants particulièrement forts. Deux touristes indiens se sont en effet noyés pendant que j’étais sur place et la faible réactivité des secours n’a malheureusement pas beaucoup aidé.

 

TRANSPORT
Si, comme moi, les grandes villes ne sont pas votre tasse de chaï et que vous souhaitez éviter de passer par Chennai / Madras, mais que vous avez un avion à y prendre dans la nuit, des taxis font la route en 1h depuis Mahabalipuram pour 1400 rupees.
Il y a moyen de payer beaucoup moins cher en bus, mais attention : pas de liaison directe entre Mahab et l’aéroport de Chennai. Le trajet nécessite deux stop dans deux gares routières différentes pour les changements. A éviter de nuit, donc

5 thoughts on “Mahabalipuram, la petite occidentale du Tamil Nadu”

    1. Merci pour ton commentaire et avec plaisir pour la mention du groupe ! Si ça peut donner des idées à d’autres voyageuses, c’est top !!
      Des bises de Jenny à Jenny 😀

    2. Et d’avoir un commentaire de toi alors que tu fais vraiment partie des blogueuses qui m’ont beaucoup inspiré, notamment pour oser partir seule, bah c’est un peu Noël pour moi !!! 😀 😉

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